Avery Johnson, l’improbable petit général

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Parler d’Avery Johnson, c’est un peu comme raconter l’histoire d’un alpiniste qui aurait eu le vertige, ou d’un boucher sans couteau… Celui dont tout fan des Spurs normalement connecté se souvient comme le héros du match 5 de 1999 face aux New York Knicks, n’était à vrai dire pas tellement prédisposé à devenir une des figures emblématiques d’un club de la grande Ligue. Il lui aura fallu sacrément s’accrocher, et persévérer, pour finalement parvenir au Graal d’un titre NBA dans la peau du meneur titulaire. D’ailleurs, depuis sa Nouvelle Orléans natale, c’est au base-ball que son père voulait le voir devenir pro, pas au basket… Petit (1m80), même pour un meneur de jeu, Johnson ne disposait pas des qualités athlétiques hors normes d’un Kevin Johnson ou d’un Robert Pack pour exister au plus haut niveau. Il n’avait pas non plus leur qualité de shoot.

Ah, le shoot ! Rarement on aura vu, dans le basket moderne, un meneur de jeu arriver à un tel niveau tout en étant à ce point incapable de faire rentrer le ballon dans l’arceau. Durant toute sa carrière, cette absence de menace extérieure caractérisera le jeu du « Petit Général »… Pas de tirs à trois points, évidemment (6/26 dans sa saison la plus productive en 1997, pour environ 14% de réussite en carrière !)… Mais presque pas non plus de tirs dans le petit périmètre, que ce soit à six, quatre ou trois mètres du panneau. Rien ou presque. Avery ne shootait que sous la torture, pour finir des possessions mal embarquées, ou lorsque la défense adverse faisait trop ouvertement l’impasse sur lui.

C’est pourtant bien lui, laissé seul par son défenseur, qui des six mètres à l’angle zéro scelle le sort de la finale NBA 1999 au Madison Square Garden ! Car s’il n’a jamais vraiment su shooter, Johnson n’a jamais non plus été du genre à avoir froid aux yeux. (1)

 Sorti de Southern University avec les honneurs Jaguars, quelques records NCCA (Division 1) en poche – moyenne de passes décisives dans une saison (13,3 ast/match), nombre de passes décisives dans un match (22), nombre de matchs à plus de vingt assists dans la même saison (quatre) – (2), et une réputation naissante de playmaker, le futur général des Spurs ne déclenche pourtant pas les passions, c’est le moins que l’on puisse dire !

Pas assez grand, ni  adroit, il sort d’un programme universitaire quelconque d’un strict point de vue sportif. Pas question pour les vingt huit franchises NBA de miser un kopeck sur cet étudiant appliqué, quand bien même serait-il très rapide, excellent gestionnaire et très fort en défense… Non drafté, c’est finalement par la petite porte des Summer Leagues qu’il parvient en 1988 à s’assoir sur le bout du banc des Seattle Supersonics. Et ce n’est rien de plus qu’un journeyman, une vulgaire rustine de roster, que les Spurs récupèrent en 1991, pour une histoire commune qui s’écrit en pointillés jusqu’en 1993… 1993, l’année où John Lucas – un ancien meneur de la maison – décide de lui refiler les clés de la boutique Noire et Argent… Comme quelques années plus tôt en High School, Johnson aura dû attendre son heure, pour enfin pouvoir prouver que non, il n’est pas si petit…

C’est en 1994/95, après que Johnson eut réalisé une saison NBA pleine, avec les Golden State Warriors, que les Spurs lui mettent le grappin dessus pour de bon. Le coach d’alors, Bob Hill, le remet d’office au centre de son collectif, et de son vestiaire. Car Johnson n’est pas qu’un meneur de jeu sous-estimé, un passeur formidable (3)… C’est aussi et avant tout un incroyable meneur d’hommes. Et le meilleur pote de David Robinson, le seul capable, à la mi-temps d’un match de play-offs, d’engueuler l’Amiral, et de le faire sortir de ses gonds. C’est cela, finalement, que San Antonio achète en 1994. Jamais blessé, toujours d’attaque, Johnson permettra aux Spurs de toucher les dividendes de cet investissement jusqu’en 2001, et son départ pour Dallas… Il fallait alors faire de la place à la mène, pour y installer une drôle de petite pépite venue de France…

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Entre temps, à défaut d’être un monstre statistique (4), Avery Johnson sera devenu un meneur respecté, à la hauteur de l’homme vertueux et altruiste qu’il est en dehors des parquets. Il poursuit sa carrière de joueur, sans surprise, par celle de coach. Les débuts sont cette fois fulgurants. Il emmène notamment les Dallas Mavericks en Finale du championnat 2006, et sera récompensé de cette performance par le titre de coach de l’année… Avant de se retrouver sans club cinq ans plus tard.

Son maillot frappé du six est aujourd’hui justement accroché au plafond de l’ATT Center. Il n’était pas si petit finalement, ce Général.

(1) Sur ce tir décisif, noter l’impasse de la défense des knicks sur la menace extérieure que représente Johnson…

(2) Ces records, établis en 1987 lors de son année NCAA senior, tiennent toujours.

(3) Sur ses 644 matches joués avec les Spurs, Avery Johnson tourne à 10,1 pts (48,7%) et 6,9 passes, en 31 minutes de temps de jeu moyen. Il est le 33ème passeur All Time de la NBA, et dépasse encore pour quelques temps Tony Parker dans la hiérarchie… Dans toute l’histoire de la Grande Ligue, aucun joueur non-drafté n’a réussi autant de passes décisives que lui !

(4) Lors de sa meilleure saison statistique (1995/96) il compila 13,1 pts (49,4%), 2,5 rbds et 9,6 passes décisives (3ème passeur NBA cette année-là).

  • JP Nourricier

    Mon souvenir de l’époque était que Damon Stoudamire l’avait fortement chambré en disant que JAMAIS les spurs gagneraient un titre avec Tex Avery (sa voix nasillarde ^^) a la méne…l’histoire est que les spurs ont sweeper les blazes de damon et avery a mis THE shot qu’on lui reprochait de ne pas avoir ^^

    • calouet

      Drôle avec le recul, de se dire que Stoudemire s’était permis de chambrer, avec la carrière qu’il a faite…

      • JP Nourricier

        et le top c’est que damon a fini sa carriere aux spurs et sans titre…et viré en cours de saison…