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« Les Spurs sont trop vieux ». Nous sommes en mai 2008, les Spurs viennent de baisser pavillon face aux Lakers du tandem Kobe BryantPau Gasol dans une finale de conférence Ouest au goût amer : un Game 1 disputé à la sortie de l’avion et perdu dans des conditions dramatiques (85-89, une avance de 20pts au milieu du 3ème quart-temps dilapidée) puis un Game 4 entaché d’un « oubli » arbitral cruel (91-93, faute de Derek Fisher sur un tir à 3pts de Brent Barry au buzzer non sifflée). Mais le sentiment des observateurs est unanime et je le partage. La meilleure équipe s’est qualifiée pour la finale NBA. Pour la première fois depuis 2002 et la défaite face à des Lakers en route pour le Three-Peat, les Spurs sont éliminés par une équipe clairement plus forte et mieux armée. Alors cette pensée nous a traversés l’esprit. A tous.

Les trois saisons suivantes ne vont pas nous rassurer. Des champions qui partent à la retraite petit à petit (Bruce Bowen notamment), des remplaçants qui ne sont pas à la hauteur de ce qu’on attend d’eux (Richard Jefferson, principalement), des blessures récurrentes sur le Big Three… Et les déceptions en playoffs qui vont avec. Les rivaux historiques Dallas et Phoenix en profitent pour venger les affronts passés et la dernière sortie de route face à Memphis finit d’achever les plus optimistes. Nous sommes en juin 2011, le moral est forcément au plus bas. Il faut se rendre à l’évidence, c’est la fin d’une époque. Trois ans plus tard, on se rend compte que c’était en fait le début d’une nouvelle histoire aux relents de passé.

Sans avoir l’air d’y toucher, Gregg Popovich ré-invente le jeu de son équipe. Fini le jeu sur demi-terrain où la priorité est de servir Tim Duncan au poste bas. Place à la course, aux premières intentions et au jeu rapide. Il s’agit maintenant d’affiner le casting. Le lock-out frappe la NBA durant l’été 2011 mais les Spurs ont flairé un bon coup dans l’indifférence générale le soir de la draft. Kawhi Leonard est récupéré en échange de George Hill apportant le combo qualités athlétiques/défense qui fait cruellement défaut dans les ailes. Dès ses premiers pas sur le parquet, ce choix apparait comme étant le bon. Après un court passage en Slovénie pour garder la forme, Danny Green est signé à un prix défiant toute concurrence. Le début de saison est bon, mais Pop apporte les dernières retouches à son effectif au mois de mars. Persona non grata à Charlotte, Boris Diaw débarque sur les conseils de son ami Tony Parker, Stephen Jackson champion avec les Spurs en 2003 est récupéré en échange du décevant Jefferson et Patty Mills est engagé après une demi-saison en Chine. Des parias et des joueurs de bout de banc : les Spurs bricolent, ou plutôt donnent l’impression de bricoler.

Petit à petit, tout ce beau monde trouve son rythme de croisière et enchaine les victoires. Sur la lancée de ce qu’il a produit à l’Euro 2011 avec l’équipe de France, Tony Parker est devenu un autre joueur et Gregg Popovich l’a officieusement intronisé comme le vrai patron de l’équipe. Tim Duncan lui, bénéficie du régime drastique qu’il a suivi durant la longue période d’inactivité de la NBA, et apparait plus en forme qu’il ne l’a jamais été depuis 4/5 ans. Mieux, leur jeu collectif est unanimement salué. Cette équipe est attendue au tournant en playoffs et ne déçoit pas avec 10 succès de rang dont deux sweeps autoritaires. Un retour au sommet est dans toutes les têtes.

Mais un grain de sable vient enrayer la machine. Le Thunder d’Oklahoma City expose au grand jour les manques de San Antonio en terme de capacité physique et le fantastique jeu collectif déployé se retrouve broyé sous la puissance des Serge Ibaka, Kendrick Perkins et autres Russell Westbrook. Défensivement, les Spurs sont à des années-lumière du niveau requis pour ralentir un triumvirat Westbrook-Durant-Harden en lévitation. Les quatre défaites qui viennent clore la saison sont brutales et font redescendre les Spurs du petit nuage sur lequel ils étaient montés depuis plusieurs semaines.

Réel retour au sommet, ou feu de paille sans lendemain ? Les Spurs ne s’en préoccupent pas tellement. Ils continuent de déployer le plus beau jeu collectif de toute la ligue la saison suivante et travaillent à augmenter leur niveau défensif. En ce sens, le trio Kawhi Leonard-Danny Green-Tiago Splitter s’impose plus que jamais dans le cinq de départ. La saison est superbe mais les doutes concernant les playoffs ne sont pas levés. Les Spurs se hissent toutefois en Finale NBA, défiant LeBron James et le Miami Heat. Inutile de vous rappeler comment elle va se dérouler, personne ne l’a oublié.

Encore une fois, l’échec est brutal et les questions nombreuses. La blessure de Russell Westbrook n’a-t-elle pas été un trompe-l’œil permettant aux Spurs de retrouver les Finales ? Tiago Splitter et Manu Ginobili, très décevants face au Heat doivent-ils être conservés ou sacrifiés pour faire place à du sang neuf grâce aux économies réalisés ? Tim Duncan trouvera-t-il la force de se remobiliser pour une nouvelle bataille ? N’ont-ils pas laissé passé une occasion en or qui pourrait être la dernière ?

Un an plus tard, on ne peut s’empêcher d’esquisser un petit sourire devant ces questions. Voici l’histoire des San Antonio Spurs depuis le dernier titre en 2007. Et elle est magnifique. Cette équipe a connu les pires camouflets imaginables. Elle s’en est toujours relevé, et n’a jamais cessé de croire en sa bonne étoile. On nous avait pourtant prévenus, les grands champions ne meurent jamais. Mieux, ils ont profité de leur parcours cette saison pour effacer plusieurs années de frustration. Démons et fantômes n’ont jamais effrayé les Spurs. Après le passage de l’ouragan 2014, très peu ont survécu.

Derek Fisher le tourmenteur (0.4 en 2004 puis la faute oubliée en 2008) ? Envoyé à la retraite (et dans le pire enfer basketballistique qui soit, à savoir les Knicks de New York, on ne pensait pas que la sanction serait si dure pour lui).

Dirk Nowitzki et les Mavericks en 2006 ? Désossé dans un Game 7 qui aura véritablement lancé les Spurs dans ces playoffs. On pensera plus particulièrement à Manu Ginobili (20pts/5pds/6ints) auteur de l’irréparable en 2006 et qui a pu savourer sa vengeance personnelle.

– Kevin Durant, Russell Westbrook et Oklahoma City en 2012 ? Surclassés par l’intelligence de jeu et le collectif de nos Spurs. Serge Ibaka aura aussi eu le temps d’en profiter sur les deux derniers matchs.

– Et le meilleur pour la fin. Miami en 2013 ? Découpé en rondelles passées les deux premières manches d’échauffement en Finale.

Sans vouloir paraphraser Tim Duncan, cette saison 2013-2014 atténue la douleur de 2013, celle dont je ne pensais personnellement, jamais pouvoir me remettre. Je sais quelle déception j’ai ressenti en tant que simple fan, je n’ose imaginer dans quel état étaient les joueurs, le staff technique et l’ensemble de la franchise. Mais s’il fallait en passer par là pour vivre cette fin en apothéose, alors ça valait le coup. Ça valait le coup aussi de passer toutes ces nuits devant l’écran pour suivre pas-à-pas le chemin des Spurs vers la rédemption, vers ce 5ème titre NBA, de loin le plus beau de tous.

2013-2014 est maintenant terminé, mais il faut déjà penser à la suite. Une suite qui s’annonce brillante. Le titre NBA ne sera sans doute pas au rendez-vous chaque saison, mais l’inquiétude de ces derniers étés s’est envolé. La où certaines franchises donnent l’impression d’être en reconstruction perpétuelle, d’autres parviennent à se ré-inventer en se maintenant dans le haut du panier. J’espère que tout le monde se rend compte de la chance qu’on a de suivre une franchise de ce niveau, qui a finalement obtenu ces deux dernières années, le respect qu’elle méritait depuis bien longtemps. Que demander de plus ?

 

PS : Je profite également de ce moment pour remercier les lecteurs du blog, les followers du compte Twitter (qui je le rappelle a changé d’adresse), tous ceux qui ont réagi pendant toute la saison et qui font confiance à notre jugement pour analyser les Spurs et tout ce qu’il y a autour. Une (petite) part de ce titre revient aussi à chacun d’entre vous.