Becky Hammon intègre le staff de Gregg Popovich

Kirby Lee, USA TODAY Sports

Elle quittera la WNBA dans quelques semaines, mais elle ne restera pas longtemps sans emploi. Les Spurs ont annoncé hier que Becky Hammon allait rejoindre le coaching staff de Gregg Popovich la saison prochaine. Une annonce historique pour la NBA, puisqu’elle deviendra officiellement la première femme à être assistant-coach au sein de la grande ligue américaine (Lisa Boyer, assistante de John Lucas aux Cavaliers en 2002, était bénévole, ne voyageait pas avec l’équipe et son rôle reste aujourd’hui mystérieux).

C’est toutefois une suite logique dans la carrière de cette brillante joueuse de 37 ans. Hammon a toujours souhaité coacher à l’issue de sa carrière et avait effectué les démarches en ce sens à l’été 2013 en se rapprochant des Spurs.

« Quand elle m’a demandé ce qu’il fallait faire pour se préparer à devenir un coach, j’ai su que c’était le bon moment pour approcher Pop et R.C. », avait déclaré Dan Hughes, son coach actuel, au San Antonio Express-News, il y a quelques mois.

« Je lui ai juste demandé de voir auprès de R.C. et Coach Pop si cela ne les dérangeait pas que j’assiste à quelques entrainements. Ma blessure a finalement été un mal pour un bien. Cela m’a permis de commencer à construire des relations avec le staff, les joueurs et la franchise dans son ensemble » indique la nouvelle assistante de Pop.

Elle aura finalement assisté cette saison à la plupart des entraînements, aux réunions de coachs, aux matchs à domicile derrière le banc de touche et même à quelques déplacements, avant que le training camp des San Antonio Stars (franchise WNBA basée à Fort Alamo) ne démarre au mois d’avril.

Une saison WNBA qui marquait son retour à la compétition après une grave blessure au genou (rupture des ligaments croisés) subie lors de son premier match de la saison en 2013. Une étape de plus à traverser dans une carrière qui n’a pas été un long fleuve tranquille. Sortie de Colorado State en 1999 à l’issue d’une prolifique carrière universitaire (entre autres, recordwoman de la fac aux points avec 2 740 et aux passes décisives avec 538), elle ne sera pas draftée en WNBA.

Mais le New York Liberty lui offrira tout de même l’opportunité de se faire une petite place dans la ligue, en la signant juste avant le début de saison cette même année. Au relais de la légende Teresa Weatherspoon, Becky Hammon se fera rapidement un nom, devenant une des coqueluches du Madison Square Garden. Mais sa carrière prendra un vrai tournant au printemps 2007, lorsqu’elle est échangée aux Silver Stars de San Antonio le soir de la draft. Instantanément propulsée leader d’une équipe totalement remaniée, elle ne déçoit pas, livrant sa meilleure saison (18.8pts et 5.0pds par match), glanant une première sélection dans la All-WNBA First Team.

La saison suivante, elle mènera son équipe à la première place de la Conférence Ouest et même à une participation à la Finale WNBA. Sweepées par le Detroit Shock, les Silver Stars n’avaient jamais été aussi près du titre. L’équipe baissera de régime les saisons suivantes, mais pas « Big Shot Becky » qui se maintiendra parmi les meilleures meneuses de jeu du pays. En parallèle, elle mènera une carrière en Europe, entre l’Italie, l’Espagne et surtout la Russie.

Sur la scène internationale, Becky Hammon est aussi connue pour avoir défrayé la chronique à l’été 2008 en obtenant un passeport russe, afin de pouvoir évoluer avec l’équipe nationale lors des Jeux Olympiques de Pékin. Barrée par Sue Bird, Cappie Pondexter ou encore Kara Lawson au sein de Team USA et consciente que sa fenêtre se réduisait pour évoluer à un tel niveau, elle accepta la proposition de la Russie, en signant dans la foulée une lucrative extension de contrat avec le CSKA Moscou, son club de l’époque (dont le GM était aussi le coach de la sélection nationale…).

Une décision vivement contestée aux États-Unis, alimentant plusieurs débats au-delà du cadre basketballistique. Opposée à l’équipe américaine en demi-finale de la compétition, Hammon ne verra pas le jour (5pts à 2/7), particulièrement ciblée par ses compatriotes en route pour le titre. Mais la Russie empochera tout de même une belle médaille de bronze. Elle défendra les couleurs de la Russie à trois reprises après cela : l’Euro 2009 (défaite en finale du tournoi face à la France), le championnat du Monde 2010 (élimination en quart de finale pour une petite 7ème place) et les Jeux Olympiques 2012 (élimination en demi-finale de nouveau par la France pour une 4ème place).

Si elle n’a connu que peu de succès sur le plan collectif, son palmarès individuel se passe de commentaires pour une joueuse non-draftée qui aura passé 16 saisons en WNBA : 6 sélections All-Star (2003, 2005, 2006, 2007, 2009 et 2011), 2 sélections dans la All-WNBA First Team (2007 et 2009) et 2 sélections dans la All-WNBA Second Team (2005 et 2008). Cerise sur le gâteau, elle sera élue parmi les 15 meilleures joueuses de l’histoire de la ligue en 2011.

Elle reste reconnue aujourd’hui comme une joueuse au mental en acier trempé, dotée d’un excellent QI basket en plus de ses qualités au scoring et à la passe. A l’instar des Jason Kidd ou Derek Fisher ces dernières années, cette reconversion semble une évidence pour ce leader dans l’âme.

« Elle n’est pas seulement une bonne joueuse, mais une joueuse intelligente, une bonne personne dans notre communauté, quelqu’un qu’on respecte tous énormément. On lui a donné l’opportunité d’être avec nous durant la saison, elle est venue aux réunions de coachs, elle a pu s’exprimer. Elle a tout fait. Elle a été formidable, on l’adore » soulignait Gregg Popovich à l’Associated Press durant la saison. « Je ne vois pas pourquoi elle ne pourrait pas coacher. Il suffit d’avoir du talent et les capacités pour. Peu importe votre sexe, votre couleur de peau ou quoique ce soit d’autre. »

Si la dimension historique de ce recrutement n’échappe à personne, elle est loin la préoccupation principale des Spurs. A aucun moment dans le communiqué de presse, il n’en est fait mention. Hammon a elle-même clarifié les choses lors du point-presse qui a suivi l’annonce de la franchise.

« Coach Pop a été très clair sur le fait que j’ai été recrutée sur la base de mon QI basket et parce que je suis qualifiée pour le poste. Il se trouve aussi que je suis une femme.[…] Je suis très reconnaissante qu’ils mettent en avant mon expérience en tant que joueuse de basket tout en laissant de côté ces considérations. »

L’intersaison des Spurs aura été particulièrement excitante au niveau du staff cet été si on ajoute l’arrivée d’Ettore Messina. Un an après les départs douloureux de Brett Brown et surtout Mike Budenholzer, Gregg Popovich se retrouve avec un staff incroyablement compétent et diversifié autour de lui. Une bonne façon d’attaquer la défense du titre NBA dans les prochaines semaines. On compte également sur Becky Hammon pour faire respecter l’ordre comme elle avait su le faire cette année lors de sa première expérience avec l’équipe, comme Pop le racontait avec son humour habituel, à l’Associated Press, il y a quelques mois.

« Notre langage est beaucoup mieux choisi quand elle est dans la pièce. On essaie de mieux se laver, vous savez, ce genre de choses que les hommes font quand il y a des femmes autour d’eux. »

Une fois encore, les Spurs innovent dans le bon sens et suivre les premiers pas de Coach Becky Hammon en NBA sera une des attractions de la saison des Spurs, à n’en pas douter, même si elle espère seulement être une pièce du puzzle, comme les autres.

« J’ai beaucoup à apprendre. Je suis ici pour aider l’équipe autant que possible, aider le coaching staff, être au service des joueurs, pour tirer le meilleur d’eux-mêmes, les motiver. Un coaching staff, c’est comme une équipe dans l’équipe et j’essaierai d’apporter tout ce que je peux au groupe. Je suis sure que Pop me criera dessus comme les autres. »

Très appréciée par les joueurs des Spurs, Tony Parker et Tim Duncan en tête, elle ne devrait avoir aucun mal à se faire une place au sein de l’échiquier Spurs. Car il n’est pas question ici d’intégrer une femme, mais bien un assistant-coach comme les autres.

Photo : Kirby Lee, USA TODAY Sports