Les difficultés de Ginobili selon Manu

AP Photo/Mark Duncan

Privé de Coupe du Monde avec l’Argentine par une fracture de fatigue à la jambe décelée juste après les Finales NBA, Manu Ginobili a passé un mauvais été. Car ce forfait cruel s’accompagnait d’une longue période de rééducation et donc d’inactivité totale. Ayant repris très tardivement, il traverse actuellement une période douloureuse, affichant un niveau de jeu très éloigné de celui qui fut le sien l’an dernier (6.5pts à 19% aux tirs dont 14% à 3pts et 4.3 balles perdues en seulement 22,5 minutes de jeu en moyenne).

Mais comme l’Argentin n’est pas du genre à se chercher des excuses et à fuir ses responsabilités, il a livré un discours très franc (et rassurant) devant les journalistes de San Antonio hier après l’entraînement. Voici la traduction complète de ses propos (retranscrit par Pounding The Rock).

 

– L’équipe est-elle prête pour ce début de saison ?

« En tant qu’équipe, peut-être. Individuellement, j’ai l’impression d’avoir encore besoin de 17 matchs de présaison (rires) pour me sentir en confiance et parvenir au niveau où je veux être. Comme vous vous en êtes rendus compte, je n’en suis pas encore là. Donc je suis heureux de jouer ces matchs. J’ai besoin de jouer, j’ai besoin d’être actif et de trouver le bon rythme. »

 

– Tu ne penses pas que tu feras mieux que 5/26 aux tirs quand les matchs compteront vraiment ?

« Hum, probablement pas. Mais le bon côté des choses, c’est qu’en présaison l’an dernier, je shootais à genre 68% et j’ai commencé la saison à 29% ensuite, donc j’essaie de faire l’inverse cette année. »

 

– Tu as toujours été le genre de joueurs à prendre des risques. Essaies-tu d’en prendre un peu moins désormais ?

« Ça vient un peu avec l’expérience, mais surtout la capacité de pouvoir le faire. J’aimerais en prendre plus. Il y a des matchs où j’aimerais vraiment prendre des risques, partir en coast-to-coast mais je ne peux plus. Les actions comme celle en Finale (le fameux dunk sur Chris Bosh) n’arrivent qu’une fois tous les cent matchs maintenant. Parfois j’en ai envie, mais je ne peux pas. Donc il y a la combinaison du fait que je suis plus mature maintenant, mais aussi le fait que je ne peux plus le faire. »

 

– Tu te rappelles de quelques exemples de moments où tu as senti ça ?

« Cela arrive souvent. Parfois je veux commencer quelque chose, puis je finis par « vas-y Kawhi, à toi », ou « à toi Danny ». C’est mieux de trouver un shoot ouvert pour Danny plutôt que de me lancer dans un raid vers le cercle face à un intérieur, car je ne suis plus aussi efficace qu’avant. C’est une situation difficile parce que je pense que je peux y aller parfois, puis je réalise que je me trouve face à un mur et que je n’aurais peut-être pas du. »

 

– Est-ce que tes difficultés au tir t’inquiètent vraiment ?

« C’est un peu frustrant et même si on est en présaison et que tout le monde se fiche que je fasse 1/10 ou non, je n’aime pas ça. Quand j’arrive à la mi-temps, ça m’agace, je tape dans les choses qui m’entourent, j’essaie de me secouer pour faire mieux. C’est frustrant. »

 

-Est-ce plus dur pour toi de retrouver la forme désormais ?

« Bien sûr. Cette année, j’ai connu un break plus long que d’habitude. L’année dernière, je m’étais arrêté longtemps, mais dès le mois d’août, je m’entraînais chez moi, je me sentais actif, je jouais. Là, je n’ai pas vraiment joué pendant longtemps, j’ai à peine couru, donc je suis rouillé. C’est comme pour un barbecue, après 10 ans sans le nettoyer, tu as autant d’en acheter un neuf, mais dans mon cas, je dois faire avec ce que j’ai. »

 

– Qu’est-ce qui a été différent cet été de celui de l’an dernier ?

 » L’an dernier, je n’ai pas joué avec l’Argentine non plus, mais comme j’étais en meilleure condition physique, j’ai beaucoup joué pendant l’été. Il n’y avait aucune pression, aucune responsabilité de bien préparer tel ou tel match, mais trois ou quatre fois par semaine, je faisais des petits matchs ou des un-contre-uns, ça permet de garder la forme. Cette année, à partir du 15 juin, en juillet, en août et même en septembre où j’étais là, mais ils ne me laissaient jouer au début, je n’ai rien fait. J’ai commencé fin septembre, donc ça fait trois, quatre mois sans toucher un ballon, jouer un pick-and-roll, ou défendre sur quelqu’un. »

 

– Est-ce qu’au moins, les autres aspects de ton jeu t’ont rassuré face à Sacramento, comme tu as été le meilleur rebondeur et passeur de l’équipe ?

« Face à Sacramento, je me sentais beaucoup mieux. J’étais un peu fatigué le match précédent en plus du fait que je ne suis pas très en forme, c’était horrible. Hier, il n’y avait que mes shoots qui ne voulaient pas rentrer. A l’entraînement je me sens bien et mes tirs tombent dedans. En match il faut shooter avec un rythme cardiaque à 175, pas comme à l’entraînement où tu es bien placé donc je suppose qu’il s’agit de continuer à travailler. »

 

– Aimerais-tu pouvoir trouver ton jeu tout seul, sans avoir à le faire devant les fans ?

« Oui parfois, mais ça ne me gêne plus maintenant. Quand la saison commence et qu’on joue vraiment pour gagner les matchs, j’aimerais avoir plus de temps pour m’entraîner. Mais pendant la présaison, c’est assez tranquille ici, même si tu es à 0/8, l’équipe veut que tu continues, tout le monde t’aide, donc même si je shoote mal, je vais continuer, surtout dans les deux matchs qui arrivent. Ensuite, en saison régulière, si je continue d’être en difficulté, j’essaierai de trouver un coéquipier, mais en ce moment, il faut essayer de trouver son tir. »

 

– Tu penses que ta condition physique sera à un bon niveau pour le début de la saison régulière ?

« Je me sens mieux là. Je me sens beaucoup mieux qu’en Europe par exemple, et en tenant compte du fait que je ne jouerai pas 30 minutes par match pendant la saison régulière, je pense que je serai quasiment prêt pour le début. On verra ce que Pop décide pour les deux derniers matchs de présaison, mais contre Sacramento, j’ai joué 23 minutes et je crois qu’avoir le même temps de jeu sur ces matchs m’aidera beaucoup. »

Photo : AP Photo/Mark Duncan