La quête infructueuse du back-to-back (Partie 1) : Saison 1999-2000

Rodolfo Gonzalez/Getty Images

Cette saison, les Spurs version Gregg Popovich / Big Three tentent de relever un ultime défi : conserver un titre NBA. La condition sine qua non pour être considéré parmi les dynasties de la grande ligue d’après Phil Jackson. Si chacun pourra juger de la pertinence de cette affirmation, il n’empêche que ces multiples échecs à remporter deux titres consécutifs restent comme une petite tâche dans le parcours (presque) sans faute des Spurs depuis bientôt 20 ans. Pourquoi et comment ces saisons ont-elles tourné au fiasco ? C’est ce que nous allons vous proposer de (re)découvrir. En espérant par la même occasion rompre le charme, quelques mois avant les playoffs 2015.

 

Saison 1999-2000 : La chute de Tim Duncan

Intersaison

L’euphorie n’aura jamais quitté le River Walk durant cet été 1999. Après une décennie d’échecs cuisants en playoffs, les Spurs ont profité de la fin de l’ère Michael Jordan/Chicago Bulls pour s’engouffrer dans la brèche et remporter le premier titre de l’histoire de la franchise. Un groupe revanchard composé de laissés pour compte, avec à sa barre un coach très contesté quelques mois plus tôt et au bord du renvoi après un début de saison houleux, a traversé cette fameuse saison amputée par le lock-out tel une grande équipe. Le tout magnifié par le talent hors-norme d’un joueur qui a instantanément changé la destinée de la franchise lors de sa draft un soir de juin 1997 et qui s’est imposé comme le futur de la grande ligue, malgré une personnalité détonante dans le star-system NBA.

Coincée entre deux festivités, la draft 1999 passera quasiment inaperçue. Comme c’est souvent le cas pour les équipes célébrant un titre acquis quelques jours plus tôt, ne jouant pas leur avenir immédiat sur cette échéance. Mais elle produira tout de même dans l’indifférence générale, un des plus formidables « steals » de l’histoire quand les Spurs choisiront avec leur 57ème choix un Argentin quasiment inconnu du nom d’Emanuel Ginobili. L’intersaison va principalement être marquée par les ennuis  de santé de Sean Elliott.

Celui qui fut un pion essentiel du titre (remember le Memorial Day Miracle…) annonça durant l’été qu’il avait besoin d’une transplantation rénale. Diagnostiqué en 1993, Elliott avait réussi à allier maladie et sport de haut-niveau jusque-là, mais sa condition avait fini par atteindre un stade critique. Son frère aîné Noel lui fera ce cadeau et Elliott sera opéré avec succès le 16 août. Le basketball est à ce moment très secondaire et personne ne sait s’il sera capable de retrouver sa place sur les parquets. « Il était de ma responsabilité de ne pas laisser mes problèmes déborder sur le terrain, par rapport à mes coéquipiers, au coaching staff et aux gens qui viennent voir nos matchs. »

Pour pallier son absence, les Spurs signent Chucky Brown (qui sera libéré en février lorsqu’Elliott reprendra l’entraînement) et recrutent également le vétéran Terry Porter, mais font principalement confiance au groupe sacré quelques mois plus tôt.

 

Le roster

Meneurs : Avery Johnson – Antonio Daniels – Steve Kerr

Arrières : Mario Elie – Terry Porter – Jaren Jackson – Derrick Dial

Ailiers : Sean Elliott – Jerome Kersey – Chucky Brown

Intérieurs : Tim Duncan – Malik Rose – Samaki Walker

Pivots : David Robinson – Felton Spencer

 

La saison régulière (53 victoires et 29 défaites, 4èmes à l’Ouest)

L’alchimie de l’équipe n’étant pas perturbée, les Spurs sont prêts plus rapidement que les autres. Ils débutent la saison en trombe avec 14 succès sur leurs 17 premiers matchs. Ils connaissent ensuite une petite baisse de régime tout en se maintenant parmi les meilleures équipes de la ligue. Mais le plus important est ailleurs. Alors qu’il avait pris place dans la cabine de commentateurs (déjà) en début de saison, Sean Elliott est autorisé à reprendre l’entraînement au 1er février, soit cinq mois et demi après son opération.

Il fera finalement son retour le 14 mars dans une victoire face à Atlanta 94-79, moins de sept mois après l’opération. « Je ne reviens pas seulement pour moi, mais pour tous les gens qui doivent subir cette intervention, pour leur donner de l’espoir. » Introduit dans le cinq de départ, Elliott recevra une énorme ovation de la part des 26 000 fans qui remplissaient l’Alamodome ce jour-là, le match passant presque au second plan. « Les gens ont toujours mis en doute sa solidité. Je crois que plus personne ne se permettra de la mettre en doute désormais » David Robinson dans le San Antonio Express-News.

 

Le moment où tout a basculé

Nous sommes le 11 avril 2000. Les Spurs jouent à Sacramento un match important pour le classement en fin de saison. Ils ont perdu face à ces mêmes Kings quelques jours plus tôt, alors que Chris Webber était absent. Tôt dans le match, Tim Duncan retombe mal après une tentative de dunk et aggrave la blessure au genou qui le gênait depuis quelques jours.

Le match se poursuit et va en prolongation. Tim Duncan jouera 48 minutes, mais n’est clairement pas lui-même (18pts à 6/22 et 13rbds). Les Spurs l’emportent finalement 98-92 grâce au gros effort de David Robinson (26pts, 14rbds et 3ctres. Voyant son compère en difficulté, l’Amiral enfile 6 points de suite lors de la période supplémentaire après avoir signé le lancer-franc de l’égalisation au bout des 48 minutes. Dans un match d’une rare pauvreté offensive (13-11 pour Sacramento dans le dernier quart-temps, les deux équipes cumulant un horrible 7/39 aux tirs…), les Spurs empochent leur 50ème victoire de la saison.

Mais le contrecoup de ce succès ne tardera pas à se faire sentir. Tim Duncan souffre d’une déchirure au niveau du ménisque gauche et est indisponible jusqu’à nouvel ordre. Gregg Popovich et les Spurs font alors face à un cruel dilemme : Soit Timmy joue malgré la blessure pour tenter de remporter un second titre, soit il est laissé au repos jusqu’au terme de la saison pour se soigner en privilégiant sa carrière sur le long-terme.

Duncan fera tout pour convaincre Pop de le laisser défendre son titre et son trophée de MVP des finales, mais le patron choisira, comme souvent, la voix de la raison. Cette décision se révélera être la meilleure solution. Quelques semaines plus tard, Tim Duncan sera opéré après que les médecins aient constaté que la blessure ne guérissait pas d’elle-même. Il passera sur le table le 24 mai soit quelques semaines après l’élimination des Spurs dès le premier tour des playoffs. « Il voulait jouer, ça l’a tué de devoir rester sur le banc pendant les playoffs. » dira Gregg Popovich.

 

Les playoffs

En l’absence de Duncan, les Spurs ont tout de même réussi à obtenir l’avantage du terrain pour leur série du premier tour face aux Phoenix Suns du duo Jason Kidd/Penny Hardaway. Un avantage qui sera malheureusement perdu dès le premier match malgré l’absence de Kidd. Dans un match marqué par la maladresse (37% aux tirs pour chaque équipe), Phoenix s’en sortira par un trou de souris (70-72).

David Robinson est limité à 11pts à 3/12 aux tirs et c’est bien insuffisant, même si Samaki Walker, le remplaçant de Duncan avait fait le boulot en compilant 13pts et 16rbds. San Antonio réagit parfaitement lors de la seconde manche (85-70) avec 25pts, 15rbds, 5pds et 3ctres de l’Amiral, malgré un 9/25 aux tirs. Mais encore une fois, les Spurs ont souffert sur le plan offensif, ne tirant qu’à 36%.

Lors du Game 3, Penny Hardaway signe un triple-double 17pts/12rbds/13pds mais les Spurs sont bien dans le match avec un Robinson à nouveau dominant (37pts, 13rbds et 4ctres). Les Spurs dominent tranquillement le match pendant trois quarts-temps (79-69), mais vont craquer dans la dernière période devant le show de l’improbable Todd Day qui inscrit l’intégralité de ses 16pts dans cette ultime période. San Antonio s’incline 101-94 et fait face à une sortie prématurée (le premier tour se joue encore au meilleur des cinq manches).

Jason Kidd (9pts/10pds) fait son retour (fracture de la cheville gauche six semaines plus tôt) lors du Game 4 dans une ambiance indescriptible à l’America West Arena. Les Spurs débutent bien mais vont rapidement sombrer. David Robinson est trop esseulé (21pts, 16rbds et 3ctres) alors que le secteur extérieur est en faillite totale (0/9 à 3pts collectivement et 6/23 en cumulé pour le trio Sean Elliott-Terry Porter-Mario Elie). Les Spurs sortent par la petite porte (78-89) devant le renouveau de Penny Hardaway (23pts, 7rbds et 4pds).

 

Le verdict

Même si la blessure de Tim Duncan est la première raison de la fin de saison en queue de poisson des Spurs, rien ne dit qu’un Big Fundamentals au sommet de sa forme aurait porté l’équipe vers le back-to-back. A l’époque où le fossé entre Conférence Est et Conférence Ouest commençait à se creuser sérieusement, il aurait fallu passer sur le corps des Lakers au deuxième tour, puis sur celui des Blazers en finale de conférence. Comme en 1999.

Mais les ces Lakers-là avaient trouvé la bonne carburation grâce à Phil Jackson (67 victoires en saison régulière) et n’ont fait qu’une bouchée des Suns en demi-finale de conférence. Le duo Shaquille O’Neal/Kobe Bryant fonctionnait parfaitement et il aurait été difficile pour les Spurs de passer sur leurs corps. Les Blazers étaient sans doute également plus coriaces que la saison précédente. En conclusion, les Spurs avaient clairement besoin de sang neuf pour espérer gagner un nouveau titre avant que David Robinson ne devienne vraiment atteint par la limite d’âge, surtout sur les lignes extérieures dramatiquement faibles en comparaison des Kobe Bryant et autres Scottie Pippen que présentaient la concurrence.

 

Bonus

Pas vraiment connu pour avoir brillé lors des All-Star Games, Tim Duncan (24pts à 12/14, 14rbds et 4pds) a pourtant partagé le trophée de MVP en 2000 avec Shaquille O’Neal. Qui l’a conservé ? Shaq avait laissé un indice dès la remise du dit trophée : « Il a déjà une bague alors je ramène celui-là à la maison »

Dans sa 3ème saison NBA, Tim Duncan continua sa progression avec plusieurs matchs de très haut-niveau. Voici des images de son meilleur match cette saison-là, face à Utah et Karl Malone (46pts à 16/28 aux tirs et 14/16 aux lfs et 14rbds)

Le 13 janvier 2000, San Antonio se déplace à Sacramento et Duncan compile 33pts et 20rbds face à Chris Webber (34pts et 19rbds). Voici les images de leur duel.

Quelques jours avant la blessure à Sacramento de Timmy, les Spurs s’étaient inclinés à domicile face à ces mêmes Kings qui évoluaient pourtant sans Webber. le match complet est visible sur le site Bball Channel.

  • jp

    le titre de 1999…après tant d’années de railleries sur les playground de mon enfance car je supportais les spurs de l’amiral…enfin j’ai pu sortir la même phrase que feu thierry roland « Après avoir vu ça on peut mourir tranquille… enfin, le plus tard possible » 🙂 tout l’été je me suis senti léger, fier de porter mon numéro 50 🙂