La quête infructueuse du back-to-back (Partie 3) : Saison 2005-2006

dirk nowitzki manu ginobili

Cette saison, les Spurs version Gregg Popovich / Big Three tentent de relever un ultime défi : conserver un titre NBA. La condition sine qua non pour être considéré parmi les dynasties de la grande ligue d’après Phil Jackson. Si chacun pourra juger de la pertinence de cette affirmation, il n’empêche que ces multiples échecs à remporter deux titres consécutifs restent comme une petite tâche dans le parcours (presque) sans faute des Spurs depuis bientôt 20 ans. Pourquoi et comment ces saisons ont-elles tourné au fiasco ? C’est ce que nous allons vous proposer de (re)découvrir. En espérant par la même occasion rompre le charme quelques mois avant les playoffs 2015.

1er épisode : Saison 1999-2000

2ème épisode : Saison 2003-2004

 

Saison 2005-2006 : Faute avouée…

Intersaison

Pour la seconde fois en trois ans, les Spurs viennent de soulever le trophée de champion NBA au terme d’un combat épique en sept manches face aux Detroit Pistons de Larry Brown, mentor de Gregg Popovich au début des années 90 Diminué par quelques pépins physiques qui commencent à devenir récurrents, Tim Duncan est sorti vainqueur d’un duel dantesque face à Ben et Rasheed Wallace au terme d’une prestation héroïque (25pts, 11rbds, 3pds et 2ctres lors du Game 7) à défaut d’être légendaire (10/27 aux tirs et 5 balles perdues), et le Big Three qu’il forme désormais avec Tony Parker et Manu Ginobili va entrer dans ses meilleures années. Rien ne semble pouvoir empêcher la marche en avant de nos Texans et la vie est on ne peut plus belle sur les bords du River Walk.

Car contrairement à celle de 2003, l’équipe est bâtie sur des fondations solides à même de durer dans le temps. Tous les joueurs majeurs (le Big Three, Bruce Bowen, Nazr Mohammed et Brent Barry) sont sous contrat ou resigné sans la moindre difficulté (Robert Horry). Petit à petit sorti de la rotation en playoffs, Rasho Nesterovic pourrait être échangé pour tenter de séduire un free agent de renom (Shareef Abdur-Rahim est évoqué pendant un temps). Mais le Slovène demeurera dans le Texas, faute de proposition sérieuse.

Surtout, Gregg Popovich souhaite faire venir Luis Scola dans son équipe. Drafté en 56ème position en 2002, l’intérieur argentin champion Olympique en 2004 est devenu une référence en Euroleague (15.1pts à 57% et 6.5rbds en 2005) et n’attend plus que de faire le grand saut pour l’Amérique du Nord. Mais Vitoria est attaché à son joueur et la clause libératoire estimée entre 2 et 3 millions d’euros est trop importante pour que les Spurs puisse la régler (une franchise NBA ne peut réglementairement aller au-delà de 350 000 dollars à l’époque). Scola ne parvient pas à se dépêtrer de son contrat et restera finalement en Espagne. Un épisode parmi d’autres dans la relation compliquée qu’auront entretenus les Spurs avec l’intérieur argentin.

Pop se tourne alors vers un autre coéquipier de Manu Ginobili au sein de l’Albiceleste pour densifier son secteur intérieur : Fabricio Oberto, pour 3 ans et 7.5 millions de dollars. Joueur académique à la connaissance du jeu parfaite et pas effrayé par les tâches obscures, il semble être un complément parfait à Tim Duncan. Dans le secteur extérieur, les Spurs embauchent également du très lourd : Michael Finley, laissé sur le bord de la route par les Dallas Mavericks (15.7pts et 4.1rbds en 2005, double All-Star en 2000 et 2001) et Nick Van Exel qui s’il n’est plus le brillant feu follet qu’il fut (All-Star en 1998, 11.1pts et 4.3pds en 2005 à Portland) représente un luxe en tant que back-up de Tony Parker. L’effectif est incroyablement dense et talentueux, et personne ne semble pouvoir rivaliser sur le papier avec l’armada mise en place par Gregg Popovich et son staff.

Dans l’indifférence générale, les Spurs ont également signé cet été-là un spécialiste du tir pour intégrer le staff de Pop : un certain Chip Engelland. Sa mission prioritaire ? Faire progresser de manière significative le tir extérieur de Tony Parker à qui il ne manque à l’époque, que cette arme pour franchir un cap. Malgré une présaison très poussive (2 victoires et 7 défaites) dans la plus pure tradition des Spurs de Popovich, personne n’est dupe. Le grand favori pour remporter le titre NBA en 2006 s’appelle San Antonio.

 

Le roster

Meneurs : Tony Parker – Nick Van Exel – Beno Udrih

Arrières : Michael Finley – Manu Ginobili – Brent Barry

Ailiers : Bruce Bowen

Intérieurs : Tim Duncan – Robert Horry – Sean Marks

Pivots : Rasho Nesterovic – Nazr Mohammed – Fabricio Oberto

 

La saison régulière (63 victoires et 19 défaites, 1ers à l’Ouest)

Si les Spurs n’échappent pas aux habituels petits pépins physiques en début de saison, ils empilent les victoires (10 sur les 12 premiers matchs) avec une facilité déconcertante, nantis de leur belle et profonde rotation. Il faut attendre le 20 décembre pour les voir chuter deux fois de suite, même s’ils trônent toujours au sommet de la conférence Ouest (19 victoires et 6 défaites). Touché à la cuisse avant le premier match de la saison, Manu Ginobili n’est que l’ombre de lui-même sur les premières rencontres (11pts à 32% sur les six premiers matchs) et connaîtra une saison marquée par diverses petites blessures. Tim Duncan sera lui aussi ralenti durant la majeure partie de la saison par des problèmes récurrents à la voûte plantaire. S’il conserve évidemment son niveau de All-Star, il n’est pas aussi rayonnant qu’à l’accoutumée.

Tous ces petits contretemps vont néanmoins permettre l’éclosion définitive de Tony Parker. Après une Finale NBA face aux Pistons où il fut largement éclipsé par Duncan et Ginobili, puis un Euro 2005 terriblement frustrant avec l’équipe de France, TP est en mission avec un seul objectif en tête : participer au All-Star Game. Et dire que notre Frenchy met du cœur à l’ouvrage est un doux euphémisme. 20.4pts à 55% et 5.3pds de moyenne en novembre, et surtout une poussée de fièvre à 38pts (13/18 aux tirs dont 2/2 à 3pts plus 10/13 aux lancers-francs) à Miami dans le courant du mois de janvier pour définitivement marquer les esprits. « Il a fait un match incroyable au milieu d’une saison incroyable » commentera Tim Duncan, comme pour adouber et l’accueillir parmi la grande famille des All-Stars.

Mais surtout, TP affiche enfin la régularité espérée par Gregg Popovich. Dans sa 5ème saison NBA, il a franchi un palier dans son jeu, affichant une maturité déconcertante pour un joueur de 24 ans seulement. Au point qu’il devienne le meilleur marqueur des Spurs cette année-là (18.9pts à 55%, 3.3rbds et 5.8pds de moyenne) alors que Tim Duncan descend en-dessous des 20pts de moyenne pour la première fois de sa carrière (18.6pts à 48%, mais 11.0rbds, 3.2pds et 2.0ctres) et que Manu Ginobili affiche également des chiffres en baisse (15.1pts à 46%, 3.5rbds et 3.6pds contre 16.0pts à 47%, 4.4rbds et 3.9pds la saison précédente). Avec 55% de réussite aux tirs, il intègre même le Top 3 de la NBA dans cette catégorie (avec Shaquille O’Neal et Eddy Curry) devenant le premier meneur de jeu à entrer dans un tel trio depuis Butch Beard en 1975 !

Sur un plan collectif, les Spurs restent les maîtres de la conférence Ouest et terminent à la première place avec un bilan record pour la franchise de 63 victoires et 19 défaites. Mais insuffisant pour empocher l’avantage du terrain pour l’ensemble des playoffs puisque les Detroit Pistons parviennent à empiler 64 succès dans la conférence Est, malgré le départ de Larry Brown. Même si Dallas semble en mesure de contester la suprématie des Spurs à l’Ouest (60 victoires et 22 défaites en saison régulière), tout le monde salive déjà en prévision du remake de la Finale 2005 entre Spurs et Pistons, au grand dam de David Stern s’inquiétant déjà pour ses futures audiences télévisuelles.

Cette saison aura également été marquée par ce qui reste aujourd’hui comme une péripétie plutôt amusante. Au cœur de l’hiver, alors que la saison se déroule parfaitement, les Spurs travaillent dur en coulisses le jour de la deadline des transferts. Le partenaire privilégié s’appelle New Orleans/Oklahoma City Hornets (les dégâts occasionnés par l’ouragan Katrina avaient obligé la franchise à déménager temporairement) et la cible principale J.R. Smith. Grand talent extrêmement brut à la vie extra-sportive désordonnée (euphémisme), il n’entre plus dans les plans de Byron Scott qui ne lui fait plus confiance (18min de jeu en moyenne contre 24.5 lors de sa saison rookie). Les rumeurs annoncent qu’Arvydas Macijauskas, qui se morfond sur le banc des Hornets fait également partie du deal. En retour, les Spurs ne doivent se séparer que de Brent Barry dont le temps de jeu est également en baisse. Les deux parties tombent d’accord et entament les démarches pour entériner définitivement le trade.

Mais les documents officiels arrivent dans les bureaux de la grande ligue cinq minutes après la deadline officielle et l’échange est finalement annulé. Brent Barry restera un Spur pendant encore quelques années, alors que J.R. Smith mènera une carrière honnête mais tumultueuse et relativement décevante au vu de ses capacités entre Denver et New York (notamment). Quant à Macijauskas, on ne saura jamais ce qu’aurait été sa carrière NBA dans une franchise affectionnant déjà tout particulièrement  les joueurs internationaux. Probablement un des « Et si ? » les plus savoureux de l’histoire des Spurs.

 

Les playoffs

Au premier tour, les Spurs se voient opposés à une équipe de Sacramento régénérée après un début de saison calamiteux. Relancés dès l’échange entre Peja Stojakovic et Ron Artest (26 victoires et 14 défaites suite à son arrivée), les hommes de Rick Adelman n’ont absolument rien à perdre et comptent bien donner leur maximum face à des Spurs surs de leur force. D’aucuns prédisent même une série piège pour les champions en titre.

La première manche sera pourtant une démonstration des boys de Gregg Popovich. 73 points marqués en première mi-temps, 39 encaissés seulement, 58% aux tirs au final dont un terrible 11/17 à longue distance, le tout avec aucun joueur à plus de 25 minutes de jeu. Les Kings sont rossés, éparpillés par petits bouts façon puzzle aux quatre coins du Texas (122-88). Pire, Artest est suspendu pour le match suivant après un coup de coude malheureux sur Manu Ginobili. Mais cette domination n’était qu’une illusion furtive.

Dès le match suivant, les difficultés pressenties en ouverture de la série éclatent au grand jour. Tim Duncan n’est pas encore à son meilleur niveau et les Kings imposent un défi physique auquel les Spurs ont du mal à répondre. Bonzi Wells se régale (28pts à 12/17 et 12rbds) tandis que Kevin Martin remplace parfaitement Artest avec 26pts et 8rbds. Sacramento est mieux rentré dans la partie et reste constamment dans le sillage des Spurs avant de prendre l’avantage en fin de match grâce notamment aux efforts de Shareef Abdur-Rahim (27pts et 9rbds). Avec trois longueurs de retard et 14 secondes à jouer, les Spurs n’en mènent pas large. Mais sur un système classique de Gregg Popovich, Manu Ginobili trouve Brent Barry totalement démarqué dans le corner. En réussite depuis le début de la partie (22pts à 8/12 au total), l’ancien vainqueur du concours de dunks ne manque pas sa cible même s’il aura fallu un brin de réussite et arrache la prolongation.

Une prolongation qui sera fatale aux Kings, assommés par les coups de boutoir signés Tony Parker (22pts et 10pds) et Manu Ginobili (32pts et 9pds). Mais la suite de la série s’annonce très compliquée pour nos Texans. Ils sont d’abord défaits dans le Game 3 dans des conditions dramatiques, par une contre-attaque victorieuse de Kevin Martin au buzzer après une balle perdue de Manu Ginobili alors qu’ils menaient au score. « C’était la pire balle perdue de ma carrière » dira l’Argentin à la sortie du match, tandis que Tony Parker préfére relativiser : « On leur a volés le deuxième match, ils nous ont volés le troisième. On est à égalité. »

Les Kings remettent finalement les compteurs à zéro avec un Game 4 dominé de bout en bout. Mais ils vont manquer de gaz et surtout d’expérience dans les deux dernières rencontres. Malgré la démonstration d’un incroyable Bonzi Wells dans le Game 5 (38pts et 12rbds), les Spurs retrouvent un Big Three dominant (72pts à 65%, 22rbds et 12pds en cumulé) avant de conclure aisément à Sacramento sous l’impulsion de Tony Parker (31pts, 5rbds et 4pds). Malgré la frayeur, ils s’en sortent sans dommage, mais se voient contraints d’enchaîner très rapidement sur la suite par… la télévision américaine.

Car ce 2ème tour de playoffs s’annonce déjà comme un classique du genre. Une finale de l’Ouest avant l’heure à cause d’un règlement ridicule (les trois premiers de chaque division doivent figurer aux trois premières places de la conférence, et Dallas qui partage la même division que San Antonio, se voit relégué à la 4ème place malgré un bilan supérieur à Phoenix et Denver, respectivement 2ème et 3ème). ABC ne veut pas manquer le Game 1 de cette série qui s’annonce sanglante et pousse pour l’obtenir à l’heure du déjeuner, soit moins de 36 heures après la fin de la série entre Sacramento et San Antonio en Californie.

Gregg Popovich a beau pester contre le système, les Spurs n’ont pas le choix. Ils doivent se préparer à affronter une équipe des Mavs sortant d’un sweep autoritaire sur de bien tendres Memphis Grizzlies et qui affiche publiquement sa volonté de croquer de l’éperon. Mais il en faut plus pour déstabiliser le champion en titre. Cette première manche se joue à l’étouffée. Souvent en première ligne dans ce genre de bataille rangée, Bruce Bowen tient Dirk Nowitzki à seulement 20pts et 8/20 aux tirs (grâce à ses fameuses « bear hugs » d’après Avery Johnson) et se permet d’inscrire le tir à 3pts offrant un avantage définitif aux Spurs en fin de rencontre.

Mais le grand bonhomme du match aura été Tim Duncan. En roue libre depuis quelques semaines, le grand Timmy est d’une ponctualité sans égale quand il s’agit de passer aux choses sérieuses. Avery Johnson n’a pas souhaité multiplier les prises à deux et lui a donc offert Erick Dampier, DeSagana Diop et Didier M’Benga en sacrifice pour un bilan sans équivoque : 31 points, 13 rebonds et 4 passes.

Mais Dallas impose petit à petit sa suprématie sur la série grâce à sa fraîcheur. Après un Game 2 dominé de la tête et des épaules (113-91) face à des Spurs en manque d’inspiration (13/32 en cumulé pour le trio Parker-Ginobili-Finley) mis à part l’impeccable Duncan (28pts à 8/10 et 12/14 aux lfs plus 9rbds), les hommes d’Avery Johnson vont empocher les deux matchs suivants disputés dans leur salle. L’écart est minimal (1pt puis 5 après prolongation), mais le rival texan mène désormais 3-1 et on ne donne plus cher de la peau des Spurs qui semblent tout simplement manquer d’énergie dans les moments cruciaux face à une équipe enfin délivrée de ses vieux complexes.

Pour autant, personne ne sous-estime l’orgueil des Spurs. Le Game 5 à l’AT&T Center est asphyxiant, et les locaux s’en sortent par un trou de souris (98-97) en parvenant à réussir les stops défensifs nécessaires en fin de rencontre alors que le match avait tourné au pugilat depuis bien longtemps. Ils n’ont pas toujours semblé maîtriser les événements mais gagnent le droit à un sursis, principalement grâce à l’effort homérique d’un Tim Duncan au-delà de la stratosphère (36pts à 13/19, 12rbds, 4pds et 3ctres). Dallas se tire également ses propres balles dans le pied puisque Jason Terry, auteur d’un vilain coup sur Michael Finley au cœur de la bataille, est suspendu pour le match suivant.

Une 6ème manche toujours aussi âpre et disputée. Mais alors que Tim Duncan se montre humain pour la première fois de la série (24pts et 8rbds tout de même mais seulement 8/21 aux tirs) et que Tony Parker est dans la tourmente (8pts à 3/15), les autres pointent le bout de leur nez. Manu Ginobili d’abord (30pts et 10rbds) puis Michael Finley (16pts ainsi que le tir décisif en toute fin de match), lui le « traître », pris en grippe par un public de l’American Airlines Center véhément à son égard. Sans Terry, lâché par le tandem Devin Harris-Jerry Stackhouse si précieux jusque-là (7/29 aux tirs en cumulé) et limité à 39% de réussite, Dallas a laissé passer sa chance d’enterrer définitivement le maudit voisin. Le champion en titre est revenu de l’enfer en égalisant à trois manches partout, ouvrant la porte à un Game 7 qui s’annonce d’ores et déjà légendaire.

 

Le moment où tout a basculé

Comme si le temps s’était arrêté, l’Amérique et le monde du basketball n’a plus d’yeux que pour ce magnifique derby texan. Six premières manches d’un niveau exceptionnel et à la dramaturgie dépassant nos espérances les plus folles. D’un côté, les Spurs champions en titre magnifiques d’abnégation et de courage mais survivants d’un enfer dont même les plus optimistes ne les voyaient pas se délivrer. De l’autre, des Mavericks décomplexés après tant de déceptions dans lesquelles ils ont puisé leur motivation durant toute la saison. Le combat des chefs s’annonce passionnant.

Ce sont les Mavs qui frappent en premier. Un 9-2 en moins de 2min, 15/18 aux tirs lors du premier quart-temps, les guerriers d’Avery Johnson prennent aisément 10 longueurs d’avance face à des Spurs anesthésiés. La démonstration continue lors de la deuxième période et ils comptent bientôt 20 longueurs d’avance devant un public médusé (58-38, 21ème). Si les Spurs réagissent sporadiquement, les dégâts sont considérables à la pause : 50-64 au score, alors que Dallas shoote à 25/36 (69%), 5/7 à 3pts et 9/9 aux lfs. Jason Terry, revanchard après sa suspension d’un match, compile déjà 17pts à 6/7. Gregg Popovich parlera de la « pire mi-temps de la saison » pour son équipe.

Mais ses hommes refusent de mourir si facilement. Encore une fois. Le Big Three sonne la révolte et s’oppose vaillamment à Dirk Nowitzki, soudainement bien seul pour tenir la barre. Sans paniquer, les locaux comblent leur retard pierre par pierre et finissent par égaliser sur un lancer-franc de Tim Duncan à 1min08 de la fin du temps réglementaire. Après un tir en déséquilibre complètement raté de Nowitzki face à Bruce Bowen, Manu Ginobili enfonce le clou d’un tir à 3pts en faisant payer les prises à deux systématiques sur Tim Duncan. Les Spurs mènent 104-101, avec 32.2 secondes à jouer. Ils viennent de prendre l’avantage pour la première fois du match. Dans les tribunes, Mark Cuban secoue la tête de dépit tandis que Peter Holt exulte. L’expérience du champion va probablement permettre à son équipe de sortir vainqueur, malgré le courage indéfectible de ces Mavs tellement méritants. A cet instant précis, tout le monde est probablement convaincu que la messe est dite. San Antonio a plié, maintes et maintes fois, mais n’a jamais rompu. Dallas a tout tenté, mais va devoir encore s’incliner. Mais cette fois, ce sont les Mavs qui refusent la sentence finale.

Bien mal embarqués, Dallas met le sort du match dans les mains de Dirk Nowitzki. L’Allemand reste sur un échec à 3pts dans le money-time du match précédent, alors il se promet d’attaquer le cercle quoiqu’il arrive pour forcer le destin. Bowen est rapidement débordé et Nowitzki va probablement marquer facilement, mais les Spurs auront encore un point d’avance. Malheureusement, c’est le moment que choisit Manu Ginobili pour commettre LA bévue qui marquera sa carrière. L’Argentin vient en aide sur Nowitzki et pense avoir assez de jus pour contrer ou au moins contester efficacement son lay-up. Il n’attrapera malheureusement que son poignet, sans parvenir à empêcher le panier. Le scénario catastrophe se produit alors que le grand Dirk enfile son sourciller le lancer-franc et ramène les deux équipes à égalité.

Les Spurs auront bien la balle de match, mais Ginobili puis Duncan au rebond offensif manqueront leur cible. C’était écrit, ce 7ème match devait être interminable, à l’image de la série. Malheureusement, les Mavericks possèdent des ressources physiques que les Spurs n’ont pas. Dallas rentre ses 4 premiers tirs et Tim Duncan bute face à DeSagana Diop (1/6 aux tirs en prolongation), rattrapé par la fatigue. Le Big Fundamental aura été titanesque (41pts, 15rbds, 6pds et 3ctres) mais ne possède plus une seule goutte d’essence dans le moteur. Parker et Ginobili sont également à bout de souffle et personne sur le banc à rallonge de Pop ne peut donner le change face à des Mavericks survoltés. Dallas s’impose finalement 119-111 et brise le sort mystique qui offrait un avantage psychologique certain aux Spurs dans ce derby.

« C’est la meilleure série à laquelle j’ai participé. Les deux équipes ont donné tout ce qu’elles avaient » résumera sobrement Tim Duncan. Les Spurs, beaux joueurs, reconnaissent la supériorité de leur adversaire, rattrapés qu’ils ont été par les kilomètres au compteur face à des adversaires plus jeunes. Mais la déception est bien évidemment immense devant les quelques détails qui ont fait la différence.

 

Le verdict

Presque 9 ans plus tard, la pilule n’est qu’à moitié avalée. Oui les Spurs ont su gagner après cet épisode malheureux, mais ils ont manqué ici leur plus belle occasion de réaliser le doublé. Malgré toutes leurs difficultés, ils ont eu en main cette série avant de la laisser s’échapper. En finale de conférence, Phoenix sans Amar’e Stoudemire n’aurait probablement pas fait le poids (Phoenix au complet a échoué en 2005, 2007 et 2008) et le Miami Heat n’avait rien d’un obstacle insurmontable en Finale NBA. Dwyane Wade aurait eu la vie moins facile face à Bruce Bowen et Pat Riley n’aurait pas donné une leçon à Gregg Popovich comme il a pu le faire avec Avery Johnson.

En cette année 2006, les Spurs disposaient sans doute d’une des meilleures équipes de leur histoire, comme l’a prouvé le parcours en saison régulière malgré les pépins physiques qui ont touché Tim Duncan. Et rien ne semblait pouvoir se mettre en travers de leur route quand Duncan retrouva ses sensations au meilleur moment dans cette fameuse série face aux Mavericks. Même avec un banc globalement décevant (Robert Horry, Brent Barry, Nick Van Exel qui annoncera sa retraite quelques heures après le Game 7 voire Michael Finley plutôt irrégulier) autour du Big Three malgré les renforts. Les regrets seront sans doute éternels.

 

En bonus

– Le Game 7 entre les Spurs et les Mavericks, en intégralité

– Les highlights du All-Star Game 2006, le premier de Tony Parker

  • jp

    cette série dallas vs spurs reste bien pour moi une des plus belles et douloureuses….tu as réveillé ce sentiment en moi mais parseque surtout c’est bien écrit et documenté ^^

    • Vincemb

      Merci… On est sur la même longueur d’ondes, je me souviens comme si c’était hier de ce Game 7 et de l’ascenseur émotionnel qu’avait provoqué cette série… même avec le recul, c’était dur à revivre 🙂