Gregg Popovich et ses 1 000 victoires en saison régulière

Ron Hoskins/NBAE via Getty Images

« Ça fait longtemps que je suis là et j’ai eu de bons joueurs à mes côtés. Trouver des joueurs est difficile, mais j’ai eu la chance d’en avoir des bons. C’est plus un hommage aux joueurs qu’à n’importe quel coach. »

A quelques mots près, on aurait pu effectuer l’interview de Gregg Popovich à sa place lundi soir, quand il a fallu commenter cette 1 000ème victoire acquise de haute lutte dans l’Indiana. Après tout, dès qu’il s’agit de commenter l’incroyable réussite des Spurs à travers les années, il commence avant toute chose par rappeler qu’il a eu la chance de drafter David Robinson puis Tim Duncan. « Je ne me rappelle pas avoir marqué beaucoup de points ni avoir pris beaucoup de rebonds » avait-il indiqué dans le San Antonio Express-News, il y a quelques jours de cela.

Ce n’était plus qu’une question de temps avant que Pop n’intègre le club des coachs à 1 000 succès en saison régulière qui comprend désormais 9 membres. Parmi eux, seul Jerry Sloan y était parvenu avec une seule franchise. Tim Duncan a d’ailleurs pris part à 929 de ces victoires, un record NBA pour un duo coach-joueur, loin devant Sloan et Karl Malone (775). Seuls Pat Riley et Phil Jackson y étaient parvenus en moins de 20 ans, comme Pop. Enfin, il présente le 2ème meilleur pourcentage de victoires (68,4%) derrière Jackson et il est le seul à proposer un bilan positif face à toutes les équipes de la ligue.

Des chiffres qui devraient évoluer avec le temps, même si à l’image de son joueur fétiche Tim Duncan, l’incertitude est totale quant à la suite de sa carrière. Ce qu’on sait, c’est qu’il a signé l’été dernier une extension de contrat de cinq ans avec les Spurs. Ira-t-il pour autant au bout de son bail ? Rien n’est moins sur.

« Je ne pense pas que les chances que j’aille au bout de ces cinq ans soient très élevées » indiquait-il à USA Today il y a quelques jours.

Gregg Popovich aime rester volontairement évasif sur le sujet. D’abord car il ne sait probablement pas quand il prendra sa retraite. Ensuite car prévoir ce genre de choses longtemps à l’avance ne correspond pas au personnage. La seule certitude, c’est qu’il aspire à ne pas terminer sa vie au bord d’un terrain de basket.

« Il y a beaucoup de choses que j’aime faire dans ce monde, et le basket-ball n’est sans doute pas la première. C’est mon travail, mais je n’ai pas ça dans le sang, comme beaucoup de gens. Je ne pense pas passer le reste de ma vie dans le basket. Hubie Brown est comme ça. C’est vraiment un dingue de basket-ball. Pour moi, c’est un travail. J’essaie de le faire correctement. J’adore le basketball. Je vient de l’Indiana, mais ce n’est pas ma vie » poursuivait-il dans un autre entretien avec USA Today.

Des propos vont dans le sens des déclarations de Jeff Ayres à Scott Agness, journaliste couvrant les Pacers.

« S’il se passe quelque chose d’important dans le monde, il met les choses en perspective. Parfois, avant une séance vidéo, il nous questionne sur des événements qui font l’actualité. ‘Est-ce que tu sais ce qui se passe à tel endroit ? Connais-tu ce pays et ce qui s’y passe ?’ Il essaie seulement de tout relativiser, et de te faire savoir qu’il y a des choses plus importantes dans la vie que le basket-ball. C’est quelque chose que j’essaie de reproduire avec ma famille. C’est quelqu’un d’exceptionnel et une bonne personne sur qui prendre exemple.”

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Gregg Popovich apprécie encore le temps qu’il passe avec ses joueurs, peut-être encore plus ces dernières années qu’au début. Qu’est-ce qui lui permet d’être toujours autant enthousiaste, près de 20 ans après ses débuts en tant que head coach ?

« Les gars, la salle, la camaraderie, plaisanter dans le bus, être les uns avec les autres à l’entraînement, et la compétition, tout ça me plait toujours. Chaque année est un challenge différent. On recommence tout depuis le début. Peu importe que vous ayez fait les playoffs ou non, que vous ayez remporté le titre ou non, l’année suivante est une nouvelle année et tout est différent. Ce genre de chose me plait encore. Quand ce ne sera plus le cas, alors je m’en irai. »

Ce luxe de pouvoir choisir sa sortie était pourtant loin d’être une évidence quand Gregg Popovich remporta son premier match un soir de décembre 1996 face à Dallas, sur un panier décisif de David Robinson. A l’époque, Pop le GM vient de couper Bob Hill pour prendre sa place, un choix guère apprécié dans les travées de l’Alamodome.

Pour son premier match, on peut lire dans les tribunes plusieurs pancartes avec des messages plutôt explicites : « Le problème n’était pas Hill, Pop doit partir », « J’aime mes Spurs, pas Pop », « Faites revenir Bob » ou encore « Sauvons les Spurs, appelons Bob Bass, et demandons à parler à Doug Moe » faisant référence aux illustres dirigeants de la franchise. Tout ceci accompagné de huées à la présentation des équipes quand le nom de Popovich fut annoncé. Difficile à croire aujourd’hui et pourtant bien réel.

Au sortir d’une saison calamiteuse, largement due aux blessures, le premier rayon de soleil est intervenu assez rapidement pour Pop. Il avait gagné le droit de choisir Tim Duncan avec le premier choix de la Draft 1997. Le reste appartient à l’histoire. Le grand joueur a-t-il fait le grand coach ? Le grand coach a-t-il fait le grand joueur ? Probablement un peu des deux. Après 1 000 matchs gagnés en saison régulière, 149 en playoffs pour Pop et 5 bagues de champions NBA en commun avec Duncan, plus personne ne se pose la question. La seule question qui subsiste désormais, c’est de savoir quand tout cela prendra fin. Malheureusement cette fois, on ne peut pas répondre à la place de Pop.

En attendant ce jour, le petit monde de la NBA (et d’ailleurs) s’est chargé de lui rendre hommage via Twitter après le match face aux Pacers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo : Ron Hoskins/NBAE via Getty Images