Le passage manqué de Jerry Tarkanian aux Spurs

jerry tarkanian

Jerry Tarkanian est décédé il y a quelques jours après une longue bataille contre la maladie. Peu de temps après Dean Smith, le monde de la NCAA et du basket-ball en général perdait un autre de ses illustres personnages. Les hommages se sont évidemment multipliés, saluant la carrière d’un visionnaire, d’une légende du coaching universitaire, champion NCAA en 1990 avec les Runnin’ Rebels du UNLV de Larry Johnson, Stacey Augmon ou encore Greg Anthony.

Ce qu’on connait moins de lui, c’est son très bref passage aux San Antonio Spurs au début des années 90. Comme d’autres glorieux coachs universitaires avant lui, il a souhaité tenter l’expérience de la NBA et malheureusement, ce fut un échec retentissant.

Déjà en 1979, Tarkanian avait été très proche de quitter Las Vegas pour la grande ligue. Franchise légendaire en difficulté, malgré la présence de Kareem Abdul-Jabbar dans son roster, les Lakers de Los Angeles vont être vendus à Jerry Buss et le nouveau propriétaire souhaite s’attacher les services du coach pour repartir sur des bases saines. Les négociations se passent normalement et les deux parties ne sont pas très loin de s’entendre. Mais le sort en décidera autrement.

Vic Weiss, ami et plus ou moins agent de Tarkanian quitte la table des négociations ce 14 juin 1979 en pensant être proche d’avoir un accord avec les Lakers. Avant de prévenir son ami qui attendait de ses nouvelles, il prend la route pour rejoindre son domicile. Il n’arrivera jamais à destination et sera finalement retrouvé quatre jours plus tard dans le coffre de sa Rolls Royce, tué de deux balles dans la tête, les mains ligotés dans le dos. Sans nouvelles de sa part, les Lakers sont partis dans une autre direction et le deal tomba à l’eau. Tark restera finalement à UNLV avec le succès qu’on lui connait. Mais toujours avec cette envie de NBA derrière la tête.

En juin 1992, il est libre de tout engagement après avoir démissionné de son poste à UNLV. Une fin de carrière en queue de poisson puisque les Runin’ Rebels avaient été interdit de March Madness après quelques infractions sur le recrutement de joueurs. Sur la liste noire des instances de la NCAA, Tarkanian souhaite passer à autre chose et tourne le dos sans regret à sa carrière dans le circuit universitaire.

Après le départ tumultueux de Larry Brown en fin de saison 1992, les Spurs sont en quête d’un nouveau head coach et le propriétaire de l’époque, Red McCombs reçoit rapidement une candidature inattendue, celle de Tarkanian.

« Je ne l’avais jamais rencontré, mais j’ai commencé à recevoir des coups de fil de sa part dès le départ de Brown. Il m’appelait trois ou quatre fois par jour me demandant de lui offrir une chance, il voulait prouver sa valeur en NBA. »

L’expérience Larry Brown, également issu de la NCAA, ayant été une (relative) réussite, McCombs décide de confier le job à Tarkanian, malgré les réticences de Bob Bass, general manager de la franchise.

« Quand Bob en a entendu parler, il m’a dit que je ne pouvais pas le prendre, qu’il ne connaissait rien à la NBA. Bob me suppliait de ne pas tenter et il avait raison. J’ai fait une erreur » consent aisément McCombs aujourd’hui.

Dès les premiers semaines, le courant passe mal entre Tarkanian et les Spurs et le coach semble rapidement dépassé par les événements du monde professionnel. Lors du premier match de présaison de l’équipe à New York, il entre dans une colère noire quand il voit les médias arriver pour interroger les joueurs avant le match. Sans savoir que le règlement NBA oblige le vestiaire d’une équipe à être ouvert à la presse, il tente de maintenir les journalistes loin de ses joueurs pour ne pas les perturber dans leur concentration. Il faut l’intervention de Jay Howard, voix officielle des Spurs à la radio pour que Tarkanian laisse les journalistes faire leur travail.

Les relations entre le coach et sa direction ne sont pas au beau fixe non plus. Il reproche à ses dirigeants d’avoir laissé filer Rod Strickland avec pour seuls remplaçants des joueurs inexpérimentés comme Vinny Del Negro ou pas assez compétents au goût de Tarkanian comme Avery Johnson. D’autres joueurs comme Dale Ellis entrent également rapidement en conflit à cause de sa gestion de l’équipe.

Au bord de la crise de nerfs, Tarkanian doit même être brièvement hospitalisé quelques semaines après le début du championnat suite à des douleurs à la poitrine. Il devient de plus en plus évident chaque jour que les deux parties ne sont pas faites pour s’entendre. La défaite face à Houston du 17 décembre 1992 sera la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le début de saison n’est pas conforme aux attentes (9 victoires et 11 défaites) et Tarkanian provoque les choses en demandant à voir Red McCombs pour un entretien. Ce dernier raconte la scène.

« Il a commencé à vider son sac devant moi : ‘Vous avez profité de moi, vous avez ruiné ma réputation. Vous m’avez dit que cette équipe valait 60 ou 65% de victoires alors qu’elle n’est même pas à 50% et n’a pas la moindre chance d’y parvenir.’ Ensuite, il est allé encore plus loin : ‘Vous le saviez depuis le début’. C’est là que j’ai compris qu’il croyait vraiment ce qu’il disait. »

McCombs quitte alors la pièce un instant et prend contact avec John Lucas qui accepte de reprendre l’équipe en main. McCombs retourne alors voir Tarkanian pour lui signifier sa mise à l’écart.

« Je lui ai dit que ses attentes étaient très différentes des miennes, que j’appréciais son honnêteté et que je comprenais son point de vue. Il n’avait pas eu beaucoup de temps, mais il m’avait convaincu qu’il ne croyait pas en l’équipe. Je n’avais aucune envie de continuer avec lui. »

« Tout ce que je voulais, c’était un meneur » disait Tarkanian à l’époque. « Je ne coacherai plus, c’est terminé. Je n’aurais peut-être pas du me lancer là-dedans. J’ai 62 ans et j’aurais du rester chez moi à arroser mes fleurs. »

L’expérience NBA de Jerry Tarkanian aura duré 20 matchs et son renvoi aura été synonyme de redressement pour les Spurs. Le soir même, ils remportent un derby texan face à Dallas sous les ordres de Rex Hughes, en attendant l’arrivée de John Lucas.

Les Spurs terminent la saison avec un bilan de 49 victoires et 33 défaites, à une honorable 5ème place de la conférence Ouest. Ils passeront même un tour de playoffs en battant Portland 3-1 avant de baisser pavillon (4-2) face aux Phoenix Suns de Charles Barkley, futurs finalistes NBA.

De son côté Jerry Tarkanian retrouvera finalement un poste dans un environnement qui lui correspondait beaucoup mieux, la NCAA. A partir de 1995, il devient le coach de Fresno State et y restera jusqu’en 2002 avant de prendre sa retraite. Quelques mois après son renvoi de San Antonio en 1993, il prendra la peine d’envoyer une lettre d’excuses à Avery Johnson, le meneur en qui il ne croyait pas et qui était devenu sous les ordres de John Lucas un solide titulaire (8.7pts et 7.5pds en moyenne par match cette saison-là).

« Il m’a félicité pour la saison et a ajouté qu’il aurait aimé avoir compris que j’étais capable de jouer. Il a également admis qu’il ne connaissait pas grand-chose de la NBA » avant confié le meneur futur champion en 1999 au San Antonio Express-News.

L’histoire entre Tarkanian et les Spurs aura été courte et très intense. Mais elle ne restera que comme une péripétie de l’immense carrière de ce grand Monsieur du basket universitaire. Et c’est sans doute mieux ainsi.

  • jp

    j’ai commencé à suivre les spurs et la nba à la rentrée 1993, même si mon premier game était pendant les JO de 1992…la dream team je crois avec un mec qui se faisait appeler his airness et un autre l’amiral! c’est bon de connaitre ce genre d’histoire qui font les spurs…