La quête infructueuse du back-to-back (Partie 4) : Saison 2007-2008

tim duncan

Cette saison, les Spurs version Gregg Popovich / Big Three tentent de relever un ultime défi : conserver un titre NBA. la condition sine qua non pour être considéré parmi les dynasties de la grande ligue d’après Phil Jackson. Si chacun pourra juger de la pertinence de cette affirmation, il n’empêche que ces multiples échecs à remporter deux titres consécutifs restent comme une petite tâche dans le parcours (presque) sans faute des Spurs depuis bientôt 20 ans. Pourquoi et comment ces saisons ont-elles tourné au fiasco ? C’est ce que nous allons vous proposer de (re)découvrir. En espérant par la même occasion rompre le charme quelques jours avant le début des playoffs 2015.

1er épisode : Saison 1999-2000

2ème épisode : Saison 2003-2004

3ème épisode : saison 2005-2006

 

Saison 2007-2008 : A bout de souffle

Intersaison

Ils n’étaient pas favoris et n’avaient pas prévu que le chemin serait aussi dégagé (si on excepte la sanglante demi-finale de conférence face à Phoenix), mais les Spurs sont bien de retour au sommet en cet été 2007 après avoir remporté un 4ème titre en 9 ans. Les premiers débats sur la dynastie naissent alors que ceux sur le choix du meilleur poste 4 de l’histoire se terminent petit à petit devant l’évidence : Tim Duncan est au sommet de son art, malgré le fait qu’il ait laissé le trophée de MVP des Finales à son jeune coéquipier Tony Parker. Qu’importe, ce titre est apprécié à sa juste valeur par une équipe qu’on annonçait (déjà) vieillissante.

Les envies de back-to-back sont toutefois bien présentes et pour s’y préparer convenablement, les Spurs misent une fois de plus sur la continuité. Tous les joueurs majeurs sont sous contrat (même si Michael Finley dispose d’une player option pour tester le marché) et les seuls agents libres ayant participé aux playoffs se nomment Jacque Vaughn et Matt Bonner. Les deux sont conservés, mais les Spurs souhaitent s’offrir un peu de renfort pour rajeunir les troupes et ajouter un peu de qualités athlétiques à l’ensemble.

Le nom de Mickaël Pietrus a parfois été évoqué, mais c’est un autre Français qui rejoint finalement les rangs de l’équipe : Ian Mahinmi. Drafté deux ans plus tôt, le Normand avait été laissé en couveuse en Pro A avant d’effectuer le grand saut. L’autre principale recrue s’appelle Ime Udoka, choisi pour densifier les ailes et offrir un back-up digne de ce nom à Bruce Bowen. Rien de très flashy, mais du solide pour renforcer un groupe déjà bien étoffé. Les Spurs étaient bien décidés à offrir une dernière chance à ce noyau avant le rajeunissement des cadres autour du Big Three.

 

Le roster

Meneurs : Tony Parker – Jacque Vaughn – Damon Stoudamire

Arrières : Michael Finley – Manu Ginobili – Brent Barry

Ailiers : Bruce Bowen – Ime Udoka

Intérieurs : Tim Duncan – Robert Horry – Matt Bonner

Pivots : Fabricio Oberto – Kurt Thomas – Ian Mahinmi

 

La saison régulière (56 victoires et 26 défaites, 3èmes à l’Ouest)

Groupe expérimenté rompu aux joutes de la NBA, les Spurs ne sont pas vraiment attendus comme les animateurs principaux de la saison régulière. Ils connaissent la chanson et savent qu’ils seront attendus (et redoutés) au moment des playoffs. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne mettent pas un point d’honneur à maintenir leur rang. Le départ est canon (17 victoires et 3 défaites sur les 20 premiers matchs) et ce sont finalement quelques pépins physiques qui viennent enrayer la machine.

Tim Duncan et Tony Parker sont touchés à la cheville durant le mois de décembre, et si Gregg Popovich parvient à « inventer » quelques héros de fortune (25pts et 17rbds pour Matt Bonner dans un match à Golden State), la sanction ne se fait pas attendre avec quatre défaites en cinq matchs. Les Texans vont tousser pendant plusieurs semaines, ne parvenant plus à imposer leur loi. Ils arrivent au All-Star Break avec un bilan mitigé de 34 victoires pour 17 défaites et il a fallu quelques prestations de très grande classe de la part d’un Manu Ginobili régénéré par un été de repos (c’est-à-dire sans sélection nationale) pour relancer la machine.

Avant cela, il y avait eu quelques coups d’arrêts peu habituels comme un 102-78 encaissé à l’AT&T Center face à New Orleans ou encore cette défaite face aux Seattle SuperSonics du jeune Kevin Durant qui sortaient de 14 revers consécutifs. Gregg Popovich effectue quelques réglages à la mi-saison comme la signature de Damon Stoudamire au poste de meneur pour soulager un TP plus vulnérable qu’à l’accoutumée, et récupère le vieux soldat Kurt Thomas dans un échange où la seule vraie perte fut Francisco Elson (Brent Barry avait également été envoyé à Seattle dans l’échange mais coupé dans la foulée et rapatrié par les Spurs à San Antonio, une manœuvre tolérée à l’époque mais interdite de nos jours) pour densifier un peu plus une défense qui fait toujours partie des meilleures de toute la ligue (101.8pts encaissés sur 100 possessions, seuls Boston et Houston font mieux).

Mais Pop n’est pas au bout de ses peines avec une série de 6 défaites en 7 matchs durant le mois de mars, cette fois due à un calendrier démentiel auquel les Spurs n’ont pas su répondre. Chaque adversaire proposé est un cador ou presque (Denver, New Orleans, Phoenix, Detroit, Boston notamment) et les Spurs sont châtiés, parfois dans les grandes largeurs, laissant naître quelques doutes au sein de l’association. Avec un bilan final de 56 victoires et 26 défaites, les Spurs ne pointent qu’à la 3ème place de la conférence Ouest derrière l’ennemi Lakers (renforcés à la mi-saison par Pau Gasol) et la surprise New Orleans.

Manu Ginobili est distingué à titre individuel en remportant le trophée de meilleur 6ème homme de l’année, à l’issue de la meilleure saison de sa carrière (19.5pts, 4.8rbds et 4.5pds de moyenne) et fut le seul Spur à véritablement évoluer à son niveau durant l’intégralité d’une saison où l’ensemble à souffert d’un manque de régularité chronique. Les Spurs n’avaient plus terminé avec un bilan aussi faible depuis l’an 2000. La route vers le titre semble plus périlleuse que jamais.

 

Les playoffs

Hasard du classement final, Spurs et Suns se retrouvent dès le premier tour des playoffs, un an après la très controversée demi-finale de conférence Ouest. La bataille s’annonce dantesque et Phoenix compte sur sa nouvelle configuration d’équipe avec Shaquille O’Neal pour enfin parvenir à passer l’éternel obstacle texan sur la route qui doit les mener jusqu’au titre. Les Suns n’ont toujours pas digéré les sanctions du fameux Game 4 qu’ils jugent disproportionnées (suspension de Boris Diaw et Amar’e Stoudemire pour le Game 5 de la série alors que le coupable du vilain geste s’appelait Robert Horry, lui-même suspendu pour deux matchs) et la tension est toujours palpable entre les deux camps. Les joueurs de l’Arizona, Stoudemire en tête, fustigent à l’envi l’état d’esprit vicieux des vieux guerriers texans (Horry et Bruce Bowen notamment) ajoutant encore un peu plus d’huile sur le feu.

Quelques semaines plus tôt, ils ne s’étaient pas privés pour envoyer un message en s’imposant 96-79 face à des Spurs déroutés par les nouvelles attitudes défensives des hommes de Mike D’Antoni. De plus, les champions en titre ne sont pas dans une forme étincelante avec la santé toujours fragile de Manu Ginobili et celle de Robert Horry absent lors du dernier mois de saison régulière.

Sans l’avantage du terrain, les Suns veulent frapper un grand coup dès la première manche. Pendant de longues, très longues minutes, on ne voit pas comment ce match peut leur échapper. Après un 11-4 initial, ils prennent 10 longueurs d’avance dès les premiers échanges du deuxième quart-temps. L’écart ne cesse d’enfler pour atteindre les 16 unités. Les Spurs restent néanmoins dans le match, mais ce sont bien les Suns qui sont aux commandes avec 5 points d’avance au milieu du 4ème quart-temps. Pas suffisant toutefois puisque Michael Finley égalise d’une flèche à longue distance à moins de 4 minutes du terme, alors que Kurt Thomas, ancien pensionnaire des Suns, donne finalement le premier avantage du match aux Spurs dans un AT&T Center en fusion alors qu’il ne reste plus que 2 minutes 30 à jouer.

Les Suns ont alors l’opportunité de montrer que l’expérience acquise les saisons précédentes va enfin payer. Ils ne se démontent pas et signent un 7-2 conclu par le virevoltant Leandro Barbosa dans la dernière minute. Après une possession mal gérée de chaque côté, San Antonio possède une dernière occasion d’égaliser. Occasion qu’ils ne manqueront pas en trouvant Michael Finley à 3pts. La NBA ne pouvait pas rêver meilleure soirée d’ouverture pour ses playoffs, le premier match de la série la plus attendue de ce premier tour ne trouvera son dénouement qu’au bout de la nuit.

La prolongation est contrôlée par Phoenix qui prend 5pts d’avance par deux fois grâce à Steve Nash puis Amar’e Stoudemire. Mais Tim Duncan, immense tout au long de la rencontre (40pts à 16/24 aux tirs, 15rbds, 5pds et 3ctres), réduit le score avant de signer peut-être le tir le plus mémorable de toute sa carrière. Kurt Thomas a provoqué la faute offensive de Stoudemire, mais les Spurs ont toujours 3 points de retard et seulement 12 secondes à jouer. Gregg Popovich met le ballon dans les mains de Manu Ginobili qui drive vers le cercle, suivi par Steve Nash et Shaquille O’Neal qui laisse Duncan complètement seul à 3pts. L’Argentin n’hésite pas à transmettre le ballon à son franchise player qui affiche un 0/4 dans l’exercice en saison régulière. Sans sourciller, il tente néanmoins sa chance et transperce le filet sous le regard incrédule d’un Mike D’Antoni désabusé face à une foule en délire.

La seconde prolongation est toute aussi indécise mais la dernière possession revient aux Spurs alors que Steve Nash venait de rentrer un tir très difficile pour égaliser à 115-115 à 15 secondes la fin. Manu Ginobili laisse s’égrener les secondes avant d’attaquer le cercle au dernier moment pour marquer en déséquilibre face à Raja Bell. Avec une seule seconde et huit dixièmes à jouer, sans temps-mort pour faire avancer le ballon, Phoenix doit s’en remettre à une prière de Nash qui ne trouvera pas sa cible. Les Spurs s’imposent 117-115 au terme d’un effort homérique. Dans le camp des Suns, la déception est immense. « On a eu l’impression d’avoir gagné le match plusieurs fois, mais nous n’avons pas eu la dureté et la discipline nécessaires pour réussir nos actions quand cela comptait le plus » indiquera Steve Nash après le match. Ils ont laissé passer leur chance de poser leur empreinte dès l’ouverture de la série. Avec le recul, ils pourront le regretter éternellement.

Les Suns crient vengeance et se présentent pour la 2ème manche avec une motivation peut-être encore plus forte. C’est ainsi qu’ils prennent encore le contrôle du match en comptant 14 points d’avance dès le deuxième quart-temps. Mais comme lors du Game 1, ils vont peu à peu s’effondrer, encaissant notamment un terrible 27-11 dans la 3ème période. Intouchables derrière un tandem Tony Parker-Manu Ginobili en pleine forme (61pts en cumulé, à 52%), les Spurs s’imposent de nouveau (102-96), protégeant leur avantage du terrain. « On les avait battus deux fois de suite et maintenant ce sont eux qui l’ont fait. Seulement eux l’ont fait en playoffs ». Amar’e Stoudemire a peut-être résumé l’histoire des San Antonio Spurs à travers cette déclaration.

Les Suns ne se remettront jamais vraiment de cette première partie de série. Alors qu’ils pouvaient remettre les pendules à l’heure sur leur parquet, ils s’écroulent inexplicablement dès le Game 3, encaissant un 33-19 dès le premier quart-temps. Et contrairement aux Suns, les Spurs ne laissent pas passer ce genre d’occasions. Tony Parker marche sur l’eau (41pts à 17/26 aux tirs et 12pds) et propulse son équipe vers un succès décisif alors qu’aucune équipe n’a jamais remonté un déficit de 0-3. « C’était peut-être notre meilleur match de la saison » dira Gregg Popovich, largement secondé par son homologue D’Antoni. « Ils étaient proches de la perfection ce soir. Nous n’avons pas bien joué et je veux bien en prendre la responsabilité, mais il faut leur rendre hommage, ils ont été très bons. »

Les Suns auront un petit sursaut d’orgueil en gagnant facilement la 4ème manche (105-86), mais retomberont dans leurs travers dès le match suivant à San Antonio. Ils mènent de 3pts à la fin des trois premiers quarts-temps, mais une fois de plus, craquent dans le final face à la puissance du phénoménal duo Duncan (29pts/17rbds/3ctres)-Parker (31pts/8pds). La série qui était partie sur les chapeaux de roue a finalement accouché d’une souris devant l’implacable domination du champion en titre, heureux toutefois de s’en sortir si rapidement. « Je suis juste heureux qu’on en ait fini avec eux » dira Tim Duncan, le regard déjà tourné vers la suite des événements.

En demi-finale de conférence, ce sont les Hornets de New Orleans qui sont au programme. Moins expérimentés que les Suns, ils sont toutefois venus à bout très facilement des Dallas Mavericks au premier tour derrière un duo Chris Paul (24.6pts, 5.6rbds et 12.0pds) – David West (22.6pts, 7.4rbds et 3.4pds) de compétition. Mais face à des Spurs définitivement remis en selle par leur succès au premier tour, on ne donne pas cher de leur peau. On se trompe lourdement.

Les deux premières rencontres à New Orleans sont un vrai choc pour le champion en titre. Deux défaites, deux blow-outs (101-82 puis 102-84), deux démonstrations de la part des jeunes Hornets. Le plan défensif de Byron Scott est exécuté à la perfection et prive les Spurs de ses meilleures armes : Tim Duncan est limité à 5pts (1/9 aux tirs) et 3rbds en 37 minutes (deux records personnels d’indigence) lors du Game 1, alors que Manu Ginobili et Tony Parker ne peuvent cumuler que 24 points à 37.5% au Game 2. En face, c’est la régalade absolue : David West compile 30pts (son record en playoffs) et 9rbds au Game 1, alors que Chris Paul ajoute 30pts et 12pds au Game 2. Peja Stojakovic retrouve son poignet en or au meilleur moment (47pts à 7/11 à 3pts en cumulé sur les deux premiers matchs) et Tyson Chandler se permet de dominer Duncan au rebond (26 en cumulé) en plus de pratiquer une défense individuelle efficace. Sans réponse, le champion rentre à la maison avec très peu de certitudes et beaucoup de doutes.

Mais la réponse des hommes de Gregg Popovich ne se fait pas attendre. Duncan toujours bien contrôlé (16pts/13rbds/4ctres tout de même), ce sont Tony Parker (31pts et 11pds) et Manu Ginobili (31pts et 6pds) qui se chargent de relancer la machine dans le Game 3 face à un Chris Paul toujours en lévitation (35pts et 9pds) et l’inoxydable David West (23pts et 12rbds). Même sanction dans la 4ème manche avec un Big Fundamental retrouvé (22pts à 10/13 aux tirs, 15rbds et 4ctres) et un banc enfin productif (15pts pour Ime Udoka, 12 pour Michael Finley).

Mais c’est insuffisant pour ramener à la raison des Hornets toujours accrocheurs et propulsés par la tornade David West au Game 5 (38pts à 16/25). Malgré ses 23 rebonds, Duncan passe à côté de son match offensivement (5/18 aux tirs pour 10pts) et les Spurs sont maintenant dos au mur. Ils remportent aisément la 6ème manche disputée à l’AT&T Center, mais doivent trouver la solution pour forcer le verrou NOLA dans sa salle, où ils ont encaissé trois sévères défaites jusque-là.

Les Spurs ne sont toutefois jamais plus dangereux que lorsqu’ils sont dos au mur et les jeunes loups de New Orleans vont en faire l’amère expérience. Eux qui avaient inscrit un peu plus de 101 points par match dans leurs trois victoires sont limités à 82. Paul et West cumulent 38pts mais à seulement 43% aux tirs. En face, les vétérans sont bien sûr au rendez-vous. Le Big Three est maladroit (34%), mais Ginobili inscrit 26pts et Duncan gobe 14rbds. Surtout, le banc des Spurs fait la différence avec 22pts avec notamment un joli 6/11 à 3pts pour le trio Udoka, Finley, Horry. Ce bon Robert Horry, auteur de 6pts (à 1/6 à 3pts) et 9rbds en cumulé sur l’ensemble des matchs 1 à 6, fait honneur à sa réputation de clutch performer avec 6pts à 2/4 à 3pts et 4rbds dans ce Game 7 joué à la hache. Les Spurs n’ont pas convaincu, mais ont assuré l’essentiel.

Sans oublier de rendre un vibrant hommage à son valeureux adversaire. « Cette équipe joue incroyablement dur dans tous les sens du terme et ils ont connu une année fantastique. Il n’y a aucun doute sur le fait que leur heure viendra un jour » dira Gregg Popovich qui a remporté ce jour-là sa 100ème victoire en playoffs. Mais les Spurs ont perdu un peu plus que du temps en laissant s’éterniser une série dont ils étaient les grands favoris.

 

Le(s) moment(s) où tout a basculé

Au moment de boucler son paquetage pour New Orleans, la troupe de Gregg Popovich avait prévu de passer par Los Angeles, déjà qualifié pour la finale de conférence avant de rentrer au Texas. L’arrogance du champion sur de lui ? Plutôt une question pratique puisqu’en cas de qualification, la première manche de cette finale se déroulerait deux jours plus tard dans la Cité des Anges. Un délai extrêmement court pour un voyage qui va se transformer en parcours du combattant. Le vol pour Los Angeles est reporté de plusieurs heures, obligeant les joueurs à passer la nuit à l’aéroport. Les Spurs finiront par rallier la Californie au petit matin, la veille de la rencontre.

C’est dans un état physique précaire qu’ils se présentent sur le parquet du Staples Center le lendemain mais non sans ambition. Pendant trois quarts-temps et demi, les hommes de Gregg Popovich tiennent leur succès référence : 20 points d’avance à la 31ème minute (65-45), un plan de jeu parfaitement respecté et un Kobe Bryant globalement bien contenu. Tim Duncan est magistral (30pts, 18rbds et 4ctres au final) face à Pau Gasol et les Lakers semblent un peu rouillés après plusieurs jours de repos. Mais ils ne rendent pas les armes si facilement et la première alerte intervient en fin de 3ème période pour nos Texans.

Les Angelinos sont menaçants et ne comptent plus que 7 longueurs de retard avant le dernier quart-temps (72-65). Malheureusement, la longue descente aux enfers va se poursuivre dans l’emballage final. Alors que Bryant se régale (14pts dans les 12 dernières minutes), les Spurs à bout de souffle dévissent complètement : 3/21 aux tirs dont 1/9 à 3pts et seulement 13 points marqués pour 24 encaissés. Quand Lamar Odom égalise à 3 minutes de la fin puis que Bryant offre le premier avantage à son équipe quelques instants plus tard, la sentence est irrévocable. Plus frais, les Lakers s’évitent une belle désillusion dès l’entame d’une série qui s’annonce longue et indécise.

La fatigue a-t-elle joué un rôle dans la subite panne de courant qu’ont connu Tony Parker, Manu Ginobili (10/30 en cumulé pour les deux joueurs) et les autres ? « Personne ne cherche d’excuse, nous étions en bonne forme. Nous avons eu une belle chance de gagner ce match mais nous n’avons pas assez bien joué dans le 4ème quart-temps » dira Tony Parker. De nouveau sur le parquet du Staples Center pour la seconde manche deux jours plus tard, les Spurs n’existeront pas. Comptant déjà 9 points de débours à la pause, ils lâcheront petit à petit pour encaisser une terrible défaite de 30 points.

Encore une fois, la fatigue accumulée par les Spurs est au centre des débats mais surtout du côté de l’adversaire. « Ils ont connu un jour sans » admet Phil Jackson. « Je crois qu’ils étaient très fatigués et ça arrive parfois. On joue beaucoup de matchs, tout le monde peut connaître ce genre de situation et cela les a un peu rattrapés ». Gregg Popovich acquiesce bien évidemment, mais évoque surtout à une prise de conscience individuelle de ses troupes pour proposer un meilleur niveau de jeu. Manu Ginobili (17pts à 5/21 en cumulé sur les deux matchs), Michael Finley (8pts à 3/14) et Robert Horry (0pt à 0/5) ou encore Brent Barry (7pts) ne sont pas au niveau et laissent Duncan et dans une moindre mesure Tony Parker (aussi en difficulté au niveau du tir avec un petit 13/32 en cumulé sur les deux premiers matchs) bien seuls pour affronter une équipe des Lakers en plein essor.

Le retour à l’AT&T Center porte ses fruits avec une victoire autoritaire des Texans bien emmenés par un impeccable Tim Duncan (22pts, 21rbds et 5pds) et Tony Parker (20pts à 9/15 et 5pds). Mais surtout, le supporting cast répond à l’appel : 8pts pour Michael Finley, deux paniers à 3pts pour Brent Barry et bien sûr l’explosion espérée de Manu Ginobili. L’Argentin volant se fait remarquer dès son entrée en jeu par deux tirs à 3pts consécutifs et va livrer un véritable récital durant toute la rencontre pour finir avec 30pts et un joli 5/7 à longue distance.

Sur leur lancée, les Spurs veulent enchaîner mais la 4ème manche ne se déroule pas comme ils l’avaient souhaité. Les Lakers ont remonté la pente, Ginobili est retombé dans ses travers, lâché par un physique déclinant (douleurs récurrentes à la cheville notamment), et Michael Finley plonge également (aucun point en 9 minutes). Tim Duncan tente de maintenir le navire à flots (29pts et 17rbds) aidé par Tony Parker (23pts et 9pds) et l’improbable Brent Barry (23pts à 5/12 à 3pts), mais les Angelinos font la course en tête et semblent se diriger vers un succès probant (et probablement décisif) alors qu’ils mènent 93-86 à 56 secondes du terme.

Mais dans un dernier souffle, les Spurs signent un 5-0 et récupèrent une dernière possession pour égaliser (ou gagner le match) avec deux secondes à jouer. Une chance inespérée au vue de la physionomie du match. Gregg Popovich met plusieurs de ses shooteurs attitrés sur le parquet et le ballon échoue dans les mains de Brent Barry. Ce dernier fait sauter Derek Fisher qui lui retombe dessus avant de déclencher son tir à 3pts. Le ballon ne trouve que la planche et les Lakers s’imposent, laissant un doute éternel sur cette dernière action. Y’avait-il faute de Fisher ? Barry aurait-il du bénéficier de trois lancers-francs pour tenter de gagner le match ? Avec le recul, la faute semble indiscutable. Elle l’est et la NBA le reconnaîtra officiellement. Mais celle-ci semble être sur le dribble (inutile, au passage) de Barry et n’aurait sans doute donné que deux lancers-francs aux Spurs qui étaient dans le bonus.

Qu’importe, les Lakers ont rempli leur mission en volant un match sur le parquet de l’AT&T Center. Le champion en titre est dos au mur et ne cherche pas à se réfugier derrière un (non-)coup de sifflet. « Si j’étais un arbitre, je n’aurais pas sifflé » indique Gregg Popovich. « On ne siffle pas ce genre de chose en finale de conférence » ajoute Barry, « peut-être en saison régulière, mais pas en finale de conférence ». De retour dans la Cité des Anges pour le Game 5, les Texans feront illusion pendant plus de 19 minutes en comptant jusqu’à 17 points d’avance. Mais comme depuis le début de la série, ils n’ont pas l’énergie suffisante pour porter une avance confortable jusqu’au terme de la rencontre.

Les Lakers, sublimés par un monumental Kobe Bryant (39pts dont 17 lors de l’ultime période) font leur retard sans paniquer et finissent par emporter la décision, malgré un triple-double de Tim Duncan (19pts, 15rbds et 10pds) et un excellent Tony Parker (23pts, 3rbds et 4pds). Pas vraiment aidé par les circonstances, au bout du rouleau sur le plan physique, les Spurs s’inclinent 4-1 et doivent laisser aux oubliettes tout rêve de doublé.

« On a perdu contre une équipe qui était meilleure que nous. Voilà pourquoi les Lakers ont gagné. Ils étaient la meilleure équipe » conclut Gregg Popovich. Les premières voix s’élèvent pour annoncer le déclin inévitable de la « dynastie » Spurs. Tim Duncan et Manu Ginobili sont sur la pente descendante et plusieurs role-players approchent carrément de la date de péremption. R.C. Buford prévient toutefois qu’il n’y aura pas de chamboulement de l’effectif. mais une chose est sure, les Spurs vont devoir s’adapter. On ne le sait pas encore, mais ils vont faire encore mieux. Ils vont se ré-inventer. Ceci est une autre histoire…

 

Le verdict

La déception est importante, mais elle était inévitable. Pour la première fois depuis la sortie de route face aux Lakers (déjà) en 2002, les Spurs sont vaincus par plus fort. Tim Duncan et Tony Parker sont quasiment exempts de tous reproches, mais les autres étaient diminués (Manu Ginobili), inconstants (Michael Finley, Brent Barry, Bruce Bowen) ou tout simplement plus au niveau (Robert Horry, Fabricio Oberto, Damon Stoudamire). Exténués après deux premiers tours éreintants pour un effectif vieillissant, les valeureux soldats de Gregg Popovich se sont logiquement inclinés face à Kobe Bryant et compagnie. Difficile de cultiver des regrets sur cette saison où les Spurs ont donné tout ce qu’ils avaient.