Le bilan des playoffs 2015

D. Clarke Evans/NBAEGetty

Avant de commencer, on vous doit la vérité. Ce bilan des playoffs n’était pas prévu en cas d’élimination prématurée. A quoi bon tirer des conclusions à partir d’une série de playoffs, si belle fut-elle ? Mais à l’heure où chaque joueur s’en va de son côté profiter de quelques vacances bien méritées, cette équipe mérite qu’on lui rende un dernier hommage. Parce qu’elle a su se transcender malgré les problèmes et nous offrir une sortie de grande qualité avec ce Game 7 déjà en bonne place dans les livres d’histoire. Et aussi car on a appris beaucoup de choses sur certains joueurs qui pour le coup, devraient logiquement être toujours de l’aventure la saison prochaine. Si on espère que cette lecture ne sera pas trop douloureuse à parcourir, elle le fut à écrire. Parce qu’on ne saura jamais vraiment jusqu’où ce champion en titre aurait pu aller si Chris Paul avait manqué son dernier tir et que le match avait rendu son verdict seulement au terme d’une prolongation.

 

Bilan : 3 victoires et 4 défaites (1/2 à domicile ; 2/2 à l’extérieur)

Stats : 103.4 points (45% aux tirs, 37% à 3pts et 68% aux lfs), 46.4 rebonds, 24.1 passes décisives, 6.1 interceptions, 4.7 contres et 12.1 balles perdues

Cette série de playoffs est un joli résumé de ce qu’aura été la saison 2014-2015 des San Antonio Spurs : un niveau de jeu frôlant parfois l’excellence nous rappelant comment cette équipe avait pu dominer les playoffs la saison dernière, mais une irrégularité chronique d’un match sur l’autre assez déroutante. Nos Texans avaient tiré le gros lot à la suite d’une 6ème place décevante au vu de tous les efforts fournis depuis le début du mois de mars. Ce gros lot fut malheureusement trop compliqué à contourner.

Quelques joueurs majeurs ont déçu sur l’ensemble de la série ou sur un certain nombre de matchs qui se révèlent décisifs, d’autres ont fait ce qu’ils ont pu malgré les pépins physiques (ou l’âge), mais jamais l’équipe n’a pu trouver dans le collectif la confiance continue qu’elle déployait la saison dernière. Tout simplement car les individus n’étaient pas au même niveau. On s’excuse pour ceux qui croyaient encore que seul le magnifique jeu collectif nous avait permis de remporter une nouvelle bague l’an dernier, la réalité est légèrement différente.

spurs playoffs 2015

 

Kawhi Leonard

7 matchs : 20.3 points (48% aux tirs, 42% à 3pts et 77%), 7.4 rebonds, 2.6 passes décisives, 1.1 interception, 0.6 contre et 2.1 balles perdues en 35.7 minutes

kawhi leonard 2014Il a livré statistiquement la meilleure série de sa carrière. Malheureusement, la réalité des faits est beaucoup moins réjouissante. Après quatre matchs d’excellente facture dont un Game 3 au-delà de la stratosphère, il a plongé lors des trois dernières manches (13/44 aux tirs en cumulé, aucune interception) en redevenant ce role-player hésitant qu’il avait été en finale de conférence face au Thunder lors de sa saison rookie en 2012. Est-il vraiment coupable ou les Spurs ne l’ont-ils pas assez cherché ? Sans doute un peu des deux. Mais au-delà de son efficacité offensive, il n’a jamais su poser son empreinte défensive sur la série, ne brillant pas spécialement face à Chris Paul ou en ayant du mal à chasser J.J. Redick autour des écrans. Pour la première fois de sa carrière, on est globalement déçu de ses prestations, il faut bien le reconnaître. Pour que les Spurs se qualifient, il aurait du être le meilleur joueur de la série face à une équipe dont le poste 3 est le seul vrai point faible. Il n’a même pas réussi à être le meilleur joueur de l’équipe. Un échec dont il tirera sans doute des leçons importantes. N’oublions pas qu’il n’a pas encore fêté ses 24 ans. La saison prochaine doit être celle de Kawhi Leonard à San Antonio.

kawhi leonard playoffs 2015

 

Tim Duncan

7 matchs : 17.9 points (59% aux tirs et 56% aux lfs), 11.1 rebonds, 3.3 passes décisives, 1.3 interception, 1.4 contre et 1.0 balle perdue en 35.7 minutes

tim duncan 2014A l’âge où certains profitent de leur retraite sportive, d’autres terminent un Game 7 sous haute tension en tant que MEILLEUR MARQUEUR DU MATCH. On a beau avoir épluché chaque rencontre de la série plusieurs fois, on n’arrive toujours pas à croire le niveau de jeu global de Tim Duncan pendant sept matchs. Et paradoxalement, c’est sans doute ce qui a causé la perte des Spurs. On le répète depuis bientôt trois ans, nos Texans ne doivent plus compter sur le Big Fundamental pour leur faire gagner une série, sans quoi l’équipe serait au devant de nombreux problèmes. Cela s’est malheureusement à nouveau vérifié. Mais cela n’empêche pas de s’extasier devant le niveau de jeu de la légende Duncan qui a fêté ses 39 ans durant les playoffs : quatre matchs à 20pts/10rbds minimum (record du genre à son âge), six double-doubles et quasiment 60% aux tirs. Seuls deux joueurs dans l’histoire de la NBA ont pu tourner à 17.9pts/11.1rbds/3.3pds en playoffs à 35 ans ou plus : Charles Barkley et Karl Malone en 1999. Alors bien sur, Timmy n’a pu réaliser cela que sur une série et n’aurait probablement pas tenu un tel rythme jusqu’au titre. Mais cela soulève le caractère exceptionnel de ses performances. Seul point noir : sa réussite aux lancers-francs. On lui pardonnera aisément étant donné qu’elle n’a coûté aucune victoire directement.

tim duncan playoffs 2015

 

Boris Diaw

7 matchs : 11.6 points (48% aux tirs, 22% à 3pts et 69% aux lfs), 6.1 rebonds, 3.6 passes décisives, 0.7 interception et 1.3 balle perdue en 28.3 minutes

boris diaw 2014Un des rares role-players des Spurs qui aura joué à son véritable niveau durant l’intégralité des sept rencontres. Particulièrement efficace en attaque et au rebond, il a malheureusement pêché derrière la ligne à 7.23m et cela aurait pu changer beaucoup de choses quant à la stratégie défensive de Doc Rivers. En défense, il n’a jamais trouvé aucune solution pour ralentir le phénomène Blake Griffin mais il fut loin d’être le seul. Boris a encore prouvé qu’il était capable d’élever son niveau de jeu de façon conséquente lorsque les choses sérieuses commencent et va maintenant pouvoir se reposer pour la première fois depuis bien longtemps avant de retrouver l’équipe de France puis San Antonio la saison prochaine.

boris diaw playoffs 2015

 

Tony Parker

7 matchs : 10.9 points (36% aux tirs, 0% à 3pts et 59% aux lfs), 3.3 rebonds, 3.6 passes décisives et 1.6 balle perdue en 30.0 minutes

tony parker 2014Ne laissons pas traîner le suspense inutilement, tout le monde est déjà au courant : TP a manqué sa série dans les grandes largeurs. Seule sa moyenne de balles perdues est acceptable pour un joueur de son calibre et prouve au moins, qu’il n’a pas tenté de sauver la patrie à lui seul, restant toujours dans le projet de jeu collectif de l’équipe. Alors oui, sa présence était indispensable et permettait d’imposer une pression incessante sur la défense des Clippers, obligée de se concentrer sur lui. Mais on ne peut pas s’en contenter. Il n’a jamais trouvé la mire, d’aucun endroit du parquet (y compris aux lancers-francs…) et sa moyenne de points est rehaussée par un Game 7 de bonne facture malgré quelques erreurs fâcheuses en 4ème quart-temps. Il faut bien évidemment précisé qu’il n’a pu disputer aucun match à 100% physiquement et que les multiples pépins qui l’ont torturé toute la saison se sont intensifiés avec le début du match à enjeux. Son tendon d’Achille notamment, qui l’a empêché de jouer comme il l’aurait souhaité. Mais son duel face à Chris Paul était une des clefs de la série. Dire qu’il l’a perdu est un doux euphémisme. On ne peut qu’espérer que ce repos imprévu lui fera le plus grand bien et qu’il sera en mesure de nous régaler à nouveau avec l’équipe de France et la saison prochaine dans le Texas.

tony parker playoffs 2015

 

Patty Mills

7 matchs : 10.1 points (50% aux tirs, 57% à 3pts et 100% aux lfs), 2.7 rebonds, 1.1 passe décisive et 0.7 balle perdue en 16.0 minutes

patty mills 2014L’autre role-player qui a joué son rôle à la perfection du début à la fin de série, c’est lui. D’une adresse diabolique à longue distance, il a toujours su donner un coup de fouet salvateur à l’équipe à chacune de ses entrées. Aurait-il mérité plus de temps de jeu dans ce cas ? Probablement pas, car son jeu reste très unidimensionnel et sa défense fut la plupart du temps très passable (on n’oubliera pas que c’est principalement face à lui qu’Austin Rivers a réussi le match de sa carrière lors du Game 4). Mais quel formidable facteur X.

patty mills playoffs 2015

 

Marco Belinelli

7 matchs : 9.3pts (51% aux tirs, 47% à 3pts et 85% aux lfs), 1.9 rebond, 1.4 passe décisive et 0.7 balle perdue en 16.6 minutes

marco belinelli 2014Le dilemme perpétuel. Est-ce que le mettre sur le parquet pour donner un second souffle à l’attaque ne se paie pas trop sur le plan défensif ? Marco a tenu son rang dans ces playoffs mais dans une série où la priorité était de stopper l’adversaire en premier lieu, il ne semblait pas promis à un très gros temps de jeu. Il a toutefois eu ses bons moments comme ce Game 6 où il explosa à 3pts (7/11). Il a également toujours apporté de l’agressivité et un brin de folie offensive à une équipe qui en a souvent manqué. Pas suffisant pour emmener son équipe au tour suivant, mais il n’a pas grand-chose à se reprocher.

marco belinelli playoffs 2015

 

Danny Green

7 matchs : 8.3 points (34% aux tirs, 30% à 3pts et 67%), 3.1 rebonds, 2.1 passes, 1.0 interception, 1.0 contre et 0.7 balle perdue en 29.1 minutes

danny green 2014Une déception parce que très irrégulier sur la longueur de la série. De bons matchs (Game 2, 3 et 7 principalement) mais également des prestations catastrophiques, y compris en défense. On sait que l’adresse est un facteur fluctuant et ses campagnes de playoffs 2013 et 2014 sont là pour nous rappeler qu’il n’est pas du genre à s’écrouler sous la pression de matchs à enjeux. On pourrait aisément plaider la mauvaise passe qui intervient au mauvais moment. Mais il y a d’autres facteurs à ne pas négliger. Danny n’est pas le type de joueur à pouvoir se créer son tir et ses prestations en dents de scie sont en relation directe avec celles des deux principales rampes de lancement offensives des Spurs : Tony Parker et Manu Ginobili. Quand le collectif va, Danny Green va. Malheureusement, la réciproque est également vraie. En revanche, ses errements défensifs ponctuels ne peuvent pas être expliqués de la même façon. Il n’a jamais trouvé la moindre solution durable face à Chris Paul (il n’est pas le seul, certes) et les Spurs l’ont payé très cher. Ceci n’altère en rien sa très bonne saison et ne devrait pas non plus gêner les négociations quant à son futur contrat.

danny green playoffs 2015

 

Manu Ginobili

7 matchs : 8.0 points (35% aux tirs, 36% à 3pts et 78% aux lfs), 3.4 rebonds, 4.6 passes décisives et 2.0 balles perdues en 18.7 minutes

manu ginobili 2014Avant de déterminer à quel point Manu Ginobili est passé à côté de sa série, il convient de régler son niveau d’exigence pour un joueur approchant plus que jamais de la fin de sa carrière. Tout le monde n’a pas la chance de s’appeler Tim Duncan et la majeure partie de son jeu repose sur des qualités athlétiques qui ne sont évidemment plus les mêmes qu’à une certaine époque. Il a perdu beaucoup de ballons ? Certes, mais il est également le meilleur passeur de l’équipe sur la série en seulement 18 minutes de jeu. Ginobili n’a pas manqué sa série. Il faut malheureusement accepter le fait qu’il ne peut plus être considéré comme LE joueur censé faire la différence lors de ses entrées en jeu, LE 6ème homme que toute la NBA nous envie. Gregg Popovich l’a accepté puisqu’on ne compte plus le nombre de money-times que l’Argentin passe sur le banc. Il est probablement temps que les fans en prennent conscience également.

manu ginobili playoffs 2015

 

Tiago Splitter

7 matchs : 3.4 points (38% aux tirs et 32% aux lfs), 4.4 rebonds et 1.0 balle perdue en 17.6 minutes

tiago splitter 2014D’aucuns pourraient prétendre que le saison des Spurs a pris fin le jour de la blessure de Tiago Splitter face à Denver. Sans son meilleur élément défensif à l’intérieur en un-contre-un, les Spurs n’ont jamais pu ralentir Blake Griffin et cette mission était censée revenir au Brésilien. Mais à un Brésilien en pleine possession de ses moyens, ce qui était très loin d’être le cas. Une série de playoffs et plus généralement une saison à oublier pour Splitter dont l’avenir à San Antonio n’a jamais semble aussi incertain.

tiago splitter playoffs 2015

 

Aron Baynes (4 matchs) : 2.3 points (30% aux tirs et 100% aux lfs) et 2.5 rebonds en 10.0 minutes

Martyrisé par Blake Griffin lors du premier match, le Big Banger a ensuite disparu de la rotation confirmant qu’il ne pouvait peut-être pas encore prétendre à un rôle de back-up à temps plein pour une équipe qui joue le titre. On est au moins sur d’une chose : son duo avec Tim Duncan ne fonctionne pas.

 

Cory Joseph (4 matchs) : 2.8pts (83% aux tirs et 50% aux lfs) en 5.5 minutes

Matt Bonner (7 matchs) : 0.9 point (20% aux tirs et 22% à 3pts) et 0.9 rebond en 5.1 minutes

Jeff Ayres (3 matchs) : 0.0 point et 1.0 rebond en 4.0 minutes

Très peu utilisés en-dehors des quelques garbage times. Trop peu pour qu’on puisse émettre un quelconque jugement sur leurs performances.

 

Reggie Williams et Kyle Anderson ont assisté aux sept matchs en civil.

 

Photo : D. Clarke Evans/NBAEGetty