Summer League : Bilan d’une quinzaine inespérée

becky hammon trophee sllv

Comme chaque été, les summer leagues ont occupé l’espace médiatique en NBA pendant une grosse quinzaine de jours. Comme chaque été, on s’est dit que ça aiderait à passer le temps en attendant le début des choses sérieuses en octobre. Puis comme chaque été, on doit bien regarder au moins une partie des matchs pour pouvoir en parler. Alors comme chaque été, on s’est forcé à observer le premier match. Mais contrairement à chaque été, on s’est passionné pour cette équipe. Si si, vraiment.

Les Spurs ont remporté le tournoi de Las Vegas, la plus importante des compétitions estivales, regroupant 24 équipes, représentant 23 franchises NBA auxquelles s’ajoute une sélection de talents venus de la D-League. Mais si vous n’avez retenu que ça, vous avez raté l’objectif principal. Pendant deux semaines, on a vu un groupe grandir au fil des jours, autour d’un staff qui a généré beaucoup plus d’intérêt extra-sportif qu’il n’aurait du. Et surtout, on l’a vu être performant, ne reculant jamais devant les difficultés. Dans ce qui est probablement la compétition collective la plus individuelle qui soit, on a vu une équipe se faire plaisir ensemble et gagner des matchs. Et on s’est pris à en être ravi alors qu’il y a quelques jours seulement, on se demandait si on allait arriver à supporter une mi-temps.

Quand le training camp reprendra ses droits en octobre prochain et qu’on ne parlera que de LaMarcus Aldridge, David West, la 53ème saison NBA de Tim Duncan, le poids de Boris Diaw ou les vacances en Argentine de Manu Ginobili, tout le monde aura oublié ce qui s’est passé quelques mois plus tôt. Et à juste titre. On espère garder toujours un petit coin de mémoire pour ce mois de juillet 2015 qui avait définitivement une saveur spéciale, à tous les niveaux.

 

Kyle Anderson

10 matchs/27.9min : 18.9pts à 42% aux tirs dont 24% à 3pts et 76% aux lfs, 6.6rbds, 2.0pds et 1.4int

Un patron, un leader, un taulier. Voilà le rôle dans lequel les Spurs espéraient voir Slo-Mo durant ces ligues d’été, et dire qu’il a été au-delà de toutes nos espérances est un euphémisme. Ses chiffres ne traduisent que partiellement l’influence qu’il a eu sur le reste du groupe. Joueur NBA le plus expérimenté de la bande, il fut le relais de Becky Hammon sur le terrain, créant un maximum de jeu pour ses coéquipiers et ne refusant jamais de prendre ses responsabilités quand l’équipe en avait besoin.

On lui connaissait toute une batterie de qualités, on a pu les apprécier en grand format. Un QI basket hautement développé, une capacité à utiliser chaque angle de tir/passe avec précision et de déclencher son tir au-dessus de son adversaire indispensable quand on possède ses (non-)qualités physiques, une polyvalence offensive incroyable (à ce niveau, il peut jouer du poste 1 au 4 sans aucun souci) qui lui permet d’exploiter toutes sortes de mismatches et une stabilité émotionnelle à toute épreuve. Le travail effectué avec Chad Forcier et Chip Engelland est déjà visible (mécanique de tir plus équilibrée et rapide) et finira par payer au niveau supérieur un jour ou l’autre. Une petite mention enfin au fadeaway sur une jambe à la Dirk Nowitzki (marque déposée), qu’on a pu observer à plusieurs reprises durant cette quinzaine. Pour finir son total de 11 balles perdues sur les 7 matchs de la ligue de Las Vegas est remarquable pour un joueur qui a autant tenu la gonfle entre ses mains. Son titre de MVP n’est évidemment pas usurpé et confirme que ce genre de tournoi, comme la D-League, n’est pas assez vaste pour lui.

Il convient maintenant de se demander dans quelle mesure il peut retranscrire ce genre de prestations sur un temps de jeu plus court et surtout dans un rôle complètement différent en NBA la saison prochaine. Son tir à 3pts est toujours jachère (4/17 seulement cet été) et demande encore beaucoup de travail. Intégrer pleinement la rotation des Spurs au poste 3 sans pouvoir rentrer un tir à 3pts avec régularité peut se révéler un challenge très difficile à relever. S’il s’est déjà bien renforcé physiquement, son manque de vitesse l’empêche également d’avoir la même polyvalence deux deux côtés du parquet. Le chantier est encore vaste, mais il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Slo-Mo est un joueur NBA et il n’y a aucun doute à avoir là-dessus. On le savait déjà avant la summer league et sa quinzaine n’a fait que renforcer notre avis sur lui.

 

Jonathon Simmons

7 matchs/24.6min : 17.0pts à 52% aux tirs dont 18% à 3pts et 70% aux lfs, 4.0rbds, 3.0pds et 1.7int

Le tube de l’été. Celui auquel on n’était pas préparé et qu’on n’arrive plus à s’enlever de la tête dès qu’on l’a vu sur le parquet.  Un électron libre capable de couvrir les trois postes extérieurs à ce niveau de jeu, créateur, scoreur, et surtout doté de capacités physiques hors du commun. Même s’il évoluait depuis deux ans en D-League au sein du système Spurs, personne ne pouvait anticiper une telle démonstration pendant la quinzaine de Vegas. Sa lecture de jeu sur pick-and-roll est un must et sa puissance lui permet d’aller défier n’importe quel big man sous le cercle. Finisseur de haut-niveau, il a marqué les esprits par quelques dunks tonitruants, chose à laquelle on n’est plus habitué en tant que spectateur des Spurs. Chose à laquelle on n’a jamais vraiment été habitué en tant que spectateur des Spurs, pour être honnête.

Les nombreux sceptiques (dont nous) ont rapidement été convaincus par ses prestations de haut-vol et la configuration de l’équipe la saison prochaine laisse à penser que Gregg Popovich et R.C. Buford croient beaucoup en lui. On ne voit donc pas pourquoi on devrait douter de sa réussite dans le futur. Ceci étant, il lui reste encore pas mal de progrès à accomplir avant de prétendre à un vrai rôle dans la rotation.

Son tir extérieur est perfectible, principalement en sortie de dribble. S’il shootait à bon pourcentage à longue distance en D-League, ce ne fut pas le cas à Vegas est sa mécanique n’est pas la plus fluide qui soit. Il devra aussi limiter son déchet (3.1bps par match à Vegas), mais aura probablement moins de responsabilités à la création. Bref, voilà un bon candidat pour passer entre les mains expertes du tandem Forcier/Engelland, son potentiel étant fascinant. Peut-être le nouveau joueur qu’on attend le plus cette saison (après LaMarcus Aldridge quand même).

 

Jarell Eddie

7 matchs/26.3min : 12.0pts à 40% aux tirs dont 47% à 3pts et 91% aux lfs, et 3.9rbds

Un shooteur, un vrai. On l’a vu en D-League toute la saison dernière (vainqueur du concours à 3pts du All-Star Game), on l’a vu à nouveau cet été. Le challenge pour lui est très simple. Est-il capable de mettre les autres aspects de son jeu au niveau de la NBA ? Si oui, il trouvera une place sans le moindre souci dans un roster. Pour le reste, il est déjà prêt. Une mécanique fluide et rapide comme l’éclair qu’il peut déclencher à n’importe quelle distance et une confiance en soi caractéristique de ce type de joueur, voilà quels sont ses principaux atouts. Dans une ligue de plus en plus tournée vers le tir, les spécialistes ont encore de beaux jours devant eux.

Défensivement, il n’a pas paru aussi faible qu’on pouvait l’imaginer et a montré qu’il pouvait vraiment s’investir par séquences. On serait franchement très étonné qu’il ne participe à aucun training camp, sauf s’il souhaite tenter sa chance en Europe, évidemment. Aux Spurs ou ailleurs.

 

Treveon Graham

10 matchs/15.9min : 7.8pts à 43% aux tirs dont 31% à 3pts et 77% aux lfs, et 2.7rbds

Un anonyme qu’on n’attendait pas à pareille fête. Il a progressé de matchs en matchs pour finir sur une explosion offensive complètement inattendue en finale (22pts). Role-player par excellence, il sait faire beaucoup de choses sans toutefois exceller dans un domaine, ce qui est souvent rédhibitoire pour se faire une place sur un banc NBA. Fraîchement émoulu de la NCAA après un cursus complet de quatre saisons, il devrait trouver sans problème une petite place en D-League..

 

Cady Lalanne

10 matchs/19.2min : 6.3pts à 39% aux tirs et 73% aux lfs, 4.7rbds et 1.5ctre

Le fils caché de Francis (vu la différence de gabarit, on aimerait bien voir la mère, mais c’est un autre débat) nous a éblouis pour sa première sortie face à Jahlil Okafor, se battant comme un beau diable. Ça s’arrête malheureusement là. S’il possède un petit tir intéressant dans le périmètre, son domaine de compétence offensive se limite à cela. Défensivement, il est volontaire et hargneux, mais son manque de physique se fait rapidement ressentir. Tout ceci fait de lui un candidat à la D-League pendant deux ou trois saisons, mais on n’est guère optimiste pour une éventuelle carrière au sein de la NBA.

 

Livio Jean-Charles

5 matchs/19.6min : 3.2pts à 29% aux tirs 4,0rbds et 1.6ctre

Comme Lalanne, sa première sortie avait fait naître beaucoup d’espoirs, malgré une réussite aux tirs très faible. Malheureusement il n’a pas eu l’occasion de confirmer par la suite, n’étant vraiment performant que d’un côté du terrain. Puis il s’est blessé à la cheville et n’a pas participé au succès collectif de son équipe lors des derniers matchs. Défensivement, Livio est au point, compte tenu de son âge (21 ans). Il ne pourra que progresser avec l’expérience et l’alliage vitesse/taille qu’il présente en fait un joueur polyvalent pouvant défendre efficacement sur tout type de profil, y compris sur des switches. Le genre de spécialiste qui trouvera toujours une place sur un banc NBA.

En revanche, son jeu offensif est beaucoup trop limité à l’heure actuelle pour qu’il puisse réellement exister au sein d’une rotation. Son tir à 3pts est inexistant, son tir à mi-distance est encore en friche et il doit gagner en puissance pour s’imposer dans les raquettes. Collectivement, il semblait souvent perdu dans les systèmes de jeu et se voyait souvent reléguer au second plan. Pour résumer, il a besoin de travailler pendant encore quelques années avant de prétendre à une place dans le roster des Spurs. La bonne nouvelle ? La saison dernière était une saison de ré-adaptation après sa grave blessure au genou, il devrait donc pouvoir être plus performant cette année. Son coach JD Jackson semble lui faire confiance et il est encore très jeune.

 

Les autres

Comme chaque année, on a pu voir évoluer quelques joueurs dont on n’entendra plus jamais parler. Shannon Scott par exemple, plutôt bon (5.3pts, 4.8rbds, 2.4pds et 1.7int), principalement en défense mais surtout auteur du buzzer-beater décisif contre Boston en demi-finale. On ne t’oubliera pas Shannon.

Brandon Davies (3.6pts et 5.1rbds), Will Cherry (4.0pts à 21%) et Casper Ware (8.3pts à 33%) débarquaient avec l’étiquette de joueur NBA, mais aucun n’a su être à la hauteur des (pourtant très faibles) espérances. Au moins Davies a pu se révéler utile en défense et au rebond à Vegas. Cherry n’a jamais sorti la tête de l’eau et pourrait faire passer Patty Mills pour un grand gestionnaire, alors que Ware traversa ses quelques minutes de jeu tel un fantôme (vous l’avez ?) à Salt Lake City.

Enfin, une petite mention pour Dairis Bertans (7.4pts à 31% à 3pts) qui a dégainé à tout-va derrière la ligne à 3pts, avant de quitter l’équipe pour se marier. L’histoire ne dit pas s’il est s’est marié à Vegas avec une personne rencontrée sur place. Et enfin une autre pour Youssou N’Doye (3.2pts et 1.8rbds) qui a montré suffisamment de fighting spirit pour obtenir une invitation au training camp et une place en D-League. Les bons athlètes de 2.11m méritent toujours une évaluation approfondie…

 

Becky Hammon

Le centre d’attention de tout un pays pendant quinze jours. On exagère à peine. Au risque de s’attirer les foudres des féministes, passons sur la portée historique de la chose, il y a plus important. Becky est un coach NBA. Tout du moins, elle le sera officiellement un jour. Elle a su fédérer ses joueurs autour d’un projet, ne lâchant jamais la pression auprès d’eux quand le score était en leur défaveur. Ses sorties de temps-mort ont été majoritairement de grandes réussites et sa rotation était extrêmement bien pensée pour une compétition de ce genre. Elle a maintenu Simmons dans un rôle de 6ème homme alors qu’il aurait été facile de l’envoyer dans le cinq de départ dès le deuxième match. Elle a ménagé les organismes afin de conserver un maximum de fraîcheur jusqu’au bout du tournoi. Pour son premier examen de passage, elle s’en tire avec les honneurs. On voit d’ici Pop esquisser un sourire un coin lorsqu’elle a soulevé le trophée.

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