Pas d’Euro pour Boban Marjanovic

Euroleague

La saison n’a pas encore commencé qu’une blessure pose déjà problème. Mais est-ce vraiment une blessure ? Voici la rocambolesque affaire du pied de Boban Marjanovic, la nouvelle attraction des Spurs.

Tout commence au mois de juin quand le pivot serbe découvre avec stupéfaction qu’il souffre d’une fracture du pied. Les médecins sont formels, il va devoir faire l’impasse sur la finale du championnat de son pays. Un coup dur pour le joueur qui sait que son avenir s’écrit à l’étranger et si possible en NBA, mais également pour le club qui se retrouve avec un MVP de la saison sur le flanc.

Après mure réflexion, Bobi décide finalement de participer à cette finale. Il ne sera que l’ombre de lui-même, mais l’Etoile Rouge de Belgrade remporte le titre 3 victoires à 0. Il y a encore une meilleure nouvelle puisque après quelques examens de contrôle pratiqués, il s’avère que la blessure du géant ne s’est pas aggravée et ne sera donc pas un obstacle à la signature de son futur contrat. Peut-être aurions-nous du préciser que tout ceci se passe évidemment en coulisses.

Quelques semaines plus tard, Boban Marjanovic s’engage chez les Spurs de San Antonio pour devenir la doublure de Tim Duncan au poste de pivot. Il rejoint une raquette comptant déjà LaMarcus Aldridge, David West et Boris Diaw en plus du Big Fundamental. Un challenge terriblement excitant pour un joueur qui n’était quasiment sur aucun radar NBA il y a à peine douze mois.

Avant la signature de son contrat, il passe une visite médicale de routine à Milan où aucun pépin n’est décelé. Tout va bien dans le meilleur des mondes et Boban peut commencer à se préparer en vue de l’Eurobasket où son pays nourrit de très grandes ambitions. Seulement les secrets ne le restent pas très longtemps dans le petit monde du basket-ball.

L’affaire du pied est finalement rendue publique par un assistant-coach de l’Etoile Rouge, pour souligner la volonté et la détermination du grand Bobi. Elle finit par arriver aux oreilles des Spurs qui voient au-delà de la bravoure du joueur, et se demandent quelles conséquences pourrait bien avoir ce geste sur sa santé à plus ou moins long terme.

R.C. Buford contacte alors immédiatement la fédération serbe en interdisant au joueur de s’entraîner jusqu’à nouvel ordre. Sasha Djordjevic, sélectionneur de la Serbie, s’en émeut légèrement dans la presse, mais s’exécute, contraint par l’accord passé entre la FIBA et la NBA, conférant un pouvoir décisionnaire des franchises en cas de risques de blessure ou de maladie d’un de leur joueur.

« Boban n’a aucun problème de santé. On l’a vu lors de cette visite médicale à Milan en présence des médecins de l’équipe nationale serbe mais aussi de ceux des Spurs. Les IRM étaient toutes négatives. »

Si rien n’a effectivement été décelé à la visite médicale effectuée quelques jours plus tôt, les Spurs ne veulent prendre aucun risque et souhaitent revoir le joueur sur le sol américain. Bobi embarque alors pour Los Angeles où il passe des examens auprès d’un spécialiste orthopédique mondialement reconnu. Quitte à faire le voyage, autant ne pas rendre visite à n’importe qui.

L’expert rend son verdict aux médecins des Spurs qui valident le diagnostic : le pivot souffre d’un œdème osseux au pied gauche qui nécessite (on vous passe les détails, surtout parce qu’on n’est même pas certain de les avoir bien saisis) un repos de huit semaines. Une indisponibilité évidemment incompatible avec la préparation d’une grande compétition internationale. R.C. Buford envoie alors une belle lettre à la fédération serbe leur indiquant poliment que Marjanovic ne participera pas à l’Eurobasket.

On suppose que vous imaginez bien la réaction des Serbes, alors on vous passera les détails. Misko Raztanovic, agent tout-puissant du joueur crie au scandale, et la fédération compte bien faire tout ce qui est en son pouvoir pour inverser la décision. Ils saisissent la FIBA (sans succès probablement) et envoient même une lettre à R.C. Buford pour demander aux Spurs de reconsidérer leur position.

« Nous sommes en total désaccord avec l’avis de San Antonio, cette décision est absurde. On va essayer de prouver que les résultats des examens auraient été exactement les mêmes il y a deux ans et que ce qu’ils ont vu n’est pas le résultat d’une blessure mais bien de la structure naturelle du pied d’un homme de 2.22m. Si nous y parvenons, nous sommes prêts à partir à la guerre, malgré la difficulté de contourner l’accord entre la FIBA et la NBA » confirme Raztanovic sur Twitter.

Le plaidoyer serbe est simple. Bobi avait passé la première visite médicale sans encombres (ils marquent un point), a joué un match de gala organisé par son agence quelques jours plus tôt sans aucun problème (on a vu Joakim Noah jouer au foot alors qu’il était censé soigner une cheville blessée il y a quelques années alors bon… on a connu meilleur argument) et souffre simplement d’une condition chronique qui n’empêche pas la pratique du basket (difficile de savoir si ceci est une bonne nouvelle) et n’a pas entravé le développement spectaculaire du joueur sur le parquet ces douze derniers mois.

On doute que le conflit finisse par se résoudre autour d’un verre de l’amitié. On avait d’ailleurs espéré un début d’idylle un peu moins laborieux entre les Spurs et Boban Marjanovic, même si le joueur ne semble pas en tenir rigueur à sa nouvelle équipe.

« Je suis désolé de toute cette situation, j’avais très envie de jouer pour l’équipe nationale. Depuis le début de la préparation, il y avait une très bonne ambiance dans l’équipe et je suis convaincu qu’ils sont en mesure d’atteindre les objectifs fixés. Mais la décision ne m’appartient pas, elle est entre les mains des Spurs. […] Je n’en veux à personne et j’essaie de voir les choses de façon positives. »

Un discours très politiquement correct certes, mais qui tranche avec celui de son clan. Malgré les quelques recours possible, il semble très improbable de voir les Spurs changer d’avis suite à la demande de la fédération serbe. Bobi devrait donc être en pleine forme pour le début du training camp et particulièrement motivé pour sa première saison NBA.