Moses Malone est décédé

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C’est une étoile de la NBA qui s’est éteinte en ce dimanche avec la disparition de Moses Malone, champion NBA en 1983 avec les Philadelphia 76ers mais également triple MVP de la saison régulière. Ce pivot trop souvent oublié de nos jours, aura traîné sa carcasse sur les parquets de la grande ligue pendant 19 saisons dont la dernière, où il jouera 17 matchs de saison régulière pour les Spurs avant de mettre un terme à sa carrière en 1995 suite à une grave blessure à la jambe.

Moses Malone était un précurseur. Joueur dominant au lycée, il est drafté par les Stars d’Utah de la défunte ABA en 1974 et décide de franchir le cap sans passer par la case université, à une époque où ce n’est pas encore à la mode. Il rejoint la NBA deux ans plus tard lorsque les deux ligues fusionnent, sous le maillot des Buffalo Braves pour deux matchs avant d’être échangé chez les Rockets de Houston où il va se faire un nom.

Aux côtés de Calvin Murphy ou encore Rudy Tomjanovich, Malone s’impose parmi les meilleurs pivots de la ligue, remportant un premier trophée de MVP en 1979 (24.8pts et 17.6rbds en moyenne par match) puis un second en 1982 (31.1pts et 14.7rbds) avec une participation aux Finales NBA en 1981, perdues face aux Boston Celtics du jeune Larry Bird (2-4). Houston entame une période de reconstruction à l’été 82 et échange son MVP à Philadelphie qui voit en lui l’arme fatale pouvant s’opposer à Kareem Abdul-Jabbar dont les Lakers ont copieusement dominé les 76ers en lors de la Finale NBA précédente.

A Philadelphie, la greffe prend immédiatement et les 76ers du coach Billy Cunningham, comprenant notamment Maurice Cheeks, Julius Erving ou Andrew Toney, vont s’imposer comme un des équipes les plus dominantes de l’histoire avec 65 victoires en saison régulière et un bilan de 12 victoires pour une seule petite défaite en playoffs. Avant le début des phases finales, il fut demandé à Malone comment allait se passer les prochaines semaines et sa réponse fut sans équivoque : « Fo, fo, fo ». Pour « four, four, four » (quatre, quatre, quatre) comme le nombre de victoires nécessaires à chaque tour de playoffs pour les 76ers (à l’époque, les meilleures équipes sont exemptées du premier tour). Si les 76ers lâchent un match en finale de conférence face à Milwaukee, ils ne font qu’une bouchée des Lakers en Finale (4-0), Moses Malone dominant copieusement Abdul-Jabbar au rebond (18 en moyenne par match contre 7.5 pour le pivot des Lakers) et empochant au passage le trophée de MVP des Finales (compilant également 25.8pts, 2.0pds et 1.5ctre par match). Ce sera le point d’orgue collectif de son passage dans la cité de l’amour fraternel.

Il sera échangé à Washington en 1986, passant ensuite par Atlanta et Milwaukee avant de revenir brièvement à Philadelphie puis de signer aux Spurs en août 1994. Choisi pour devenir le back-up de David Robinson alors qu’il a bientôt 40 ans. Il se blesse en plein cœur de la saison et annoncera son retrait des parquets l’été suivant (2.9pts et 2.7rbds en moyenne par match à San Antonio. Dans son dernier match le 27 décembre 1994 face à Charlotte, il se distingue en rentrant le huitième tir à 3 points de sa carrière, une prière de son propre camp.

Élu parmi les 50 meilleurs joueurs de l’histoire lors des festivités du All-Star Weekend de 1997, 12 fois All-Star, 4 fois All-NBA First Team, 4 fois All-NBA Second Team, 1 fois All-Defensive 1st Team, 1 fois All-Defensive 2nd Team et 6 fois meilleur rebondeur NBA, Moses Malone a laissé une trace indélébile dans l’histoire de la grande ligue, à un poste de jeu où les légendes ne manquent pas, intégrant le Hall of Fame en 2001.

Voici un extrait d’un portrait que l’excellent Buck Harvey avait consacré à l’intérieur dans le San Antonio Express-News, après sa signature chez les Spurs. Repose en paix Moses.

« […] Voici le nouveau plus vieux joueur des Spurs. Cette ancienne franchise ABA devrait annoncer aujourd’hui qu’elle vient de signer le dernier joueur actif de cette ABA. Avec lui, elle obtient un homme dont la popularité et l’éthique de travail sont incontestables. Et qui sait ? Si son corps le lui permet, il pourrait même lui permettre de combler quelques faiblesses cette saison. Un des objectifs de Gregg Popovich était de trouver un pivot remplaçant. Mais ce n’est pas une signature pour attirer l’attention et les Spurs la traite comme telle. […] Les Spurs avaient à peine prévu un communiqué de presse, à moins que Malone ne souhaite une conférence de presse. Mais Malone n’a jamais souhaité de conférence de presse pour quoi que ce soit.

Pourtant, Malone mérite une certaine attention, les Spurs n’ayant jamais compté dans leurs rangs un triple MVP avant. […] Les chiffres de futur Hall-of-Famer de Malone impressionnent, lui qui se classe numéro un au nombre de rebonds offensifs et troisième au nombre de points marqués en carrière.

Et pour ceux qui se délectent des raretés statistiques, sachez que l’ajout de Malone signifie que les Spurs cumulent désormais 10 titres de meilleurs rebondeurs. Six pour Malone, trois pour Dennis Rodman et un pour David Robinson.

Le fait est que Malone joue depuis si longtemps qu’il fit partie d’une équipe appelée les Spirits de Saint-Louis. Les Spurs n’étaient à San Antonio que depuis un an lorsque ce gamin de Virginia a fait le grand saut du lycée à la ABA. Ses années l’ont usé comme peu d’adversaires ont pu le faire. Les blessures ne lui ont permis de jouer que 11 matchs il y a deux saisons. Il ne jouait que 10 minutes par match la saison dernière, pour une faible équipe des 76ers. Pas étonnant que Philadelphie ait racheté son contrat pour le libérer et que les Spurs aient pu le signer pour le minimum salarial. Il n’était pas autant convoité qu’un autre glorieux ancien, Robert Parish.

Alors, peut-il être utile ? Même si ce n’est pas vraiment le cas, il donnera aux Spurs ce dont ils ont l’habitude. La liste des pivots remplaçants durant l’ère Robinson devrait être interdites aux enfants : Tom Copa, Dwayne Schintzius, Sidney Green, Jack Haley et un autre joueur arrivé bien après ses meilleures années, Caldwell Jones. Les Spurs étaient souvent meilleurs lorsqu’ils utilisaient un ailier-fort à ce poste, comme Frank Brickowski ou Terry Cummings.

Contrairement aux amusants Schintzius et Green, Malone apporte au moins un peu d’alchimie. Elliott par exemple, raconte qu’il a grandi en tant que fan des 76ers et idolâtrait Malone. Robinson résume son compagnon de golf d’un jour en trois mots : « Un bon gars ». Et nul autre que Charles Barkley crédite Malone comme un homme d’impact sur sa carrière : « Il était mon mentor. Il m’a aidé plus que quiconque, il m’a appris à travailler. »

Donc Malone peut jouer un rôle. […] Le scénario idéal des Spurs est clair : les minutes de Malone seront limitées et il ne participera pas aux back-to-backs, ce qui est facilité par le fait que Robinson est bon pour 40 minutes par soir. Mais Malone n’est pas seulement ici pour remplacer Robinson face à une opposition appropriée, mais également pour jouer parfois à ses côtés. N’oubliez pas qu’il faut parfois combler les minutes de Rodman lorsqu’il sera suspendu.

Alors il jouera comme il l’a toujours fait. Il shootera à 80% aux lancers-francs, il poussera Shaq et tous ceux qui sont trop jeunes pour avoir connu les ballons rouge, blanc et bleu de l’ABA, il transpirera trop, il marquera quelques points, il ne prendra pas trop de fautes, il prendra des rebonds avec tant de férocité que même Rodman sera impressionné. Les Spurs n’en seront-ils pas forcément meilleurs ? Pour une fois, même Barkley n’a pas la réponse. »