Playoffs 2016 (Demi-finale de Conférence) : San Antonio Spurs (2) – Oklahoma City Thunder (3)

AP Photo/Sue Ogrocki

L’adversaire

Après une saison 2014-2015 difficile marquée par un changement de coach, le Thunder a retrouvé son rang de place forte de la conférence Ouest en même temps que Kevin Durant cette année. Mais les doutes éternels le concernant sont encore loin d’être levés. Coaching en question (qu’a réellement apporté Billy Donovan par rapport à Scott Brooks ?), jeu stéréotypé, cohabitation toujours sous surveillance de deux des cinq plus gros talents de toute la NBA, raquette et banc sur courant alternatif… Non, le Thunder n’a pas changé. Oui, il reste un adversaire particulièrement dangereux car extrêmement talentueux et incroyablement dense physiquement, mais dont on a peine à croire qu’il puisse se hisser au niveau supérieur au moment voulu.

Impossible d’évoquer cette équipe sans d’abord parler du plus formidable one-two punch en NBA actuellement. Si Kevin Durant n’est peut-être plus le meilleur scoreur pur de la ligue (un petit bonhomme de Golden State a sans doute son mot à dire sur la question désormais), il reste un des plus beaux spécimens jamais produit par le basket américain. De plus en plus polyvalent, il a rappelé à tous cette saison pourquoi il avait été nommé MVP de la saison 2013-2014. A ses côtés, le bouillonnant Russell Westbrook. Véritable usine à basket, il sort de sa campagne la plus aboutie avec des chiffres à donner le tournis et des triple-doubles en pagaille, concurrençant jusqu’à Magic Johnson dans le domaine sur l’intégralité d’une saison. Vous l’aurez aisément compris, ce duo occupe à peu les trois-quarts du plan de jeu de n’importe quelle défense contre le Thunder.

Autour, on trouve de solides références comme Serge Ibaka et Steven Adams les deux cerbères de la raquette capables de tenir un vrai rôle offensif de temps à autre, parfaitement complétés par un Enes Kanter au profil diamétralement opposé et par le soldat Nick Collison. Andre Roberson est le spécialiste défensif extérieur complétant le cinq de départ alors que les Dion Waiters, Anthony Morrow, Randy Foye ou encore Kyle Singler font office d’honnêtes rotations, chacun dans leur registre. Sur le papier, l’ensemble est beau, même s’il affiche parfois quelques dysfonctionnements étonnants. Si les Spurs ont évolué dans un relatif anonymat dans l’ombre des Warriors, que dire du Thunder ? Dans ce qui est peut-être la postseason la plus importante de l’histoire de la franchise, qui pourrait décider du futur immédiat de Kevin Durant (agent libre cet été) et de celui guère plus lointain de Russell Westbrook (agent libre l’été prochain), la troupe de Billy Donovan n’a pas le choix. Elle va devoir s’inventer un destin hors du commun pour ne pas sortir prématurément de la course au titre.

 

Les confrontations récentes

On ne compte plus les affrontements sanguinaires entre les deux équipes en playoffs. Les Finales de conférence 2012 et 2014 nous ont fournis assez de matière pour les 15 ans à venir. Lors de ces deux affrontements combinés, chaque équipe a remporté 6 matchs (5 à domicile, 1 à l’extérieur) avec une poignée de duels épiques. En saison régulière cette année, chaque équipe a protégé son terrain, mais dans des conditions parfois étonnantes.

Oklahoma City s’est imposé de justesse lors de l’ouverture de la saison face à une des équipes des Spurs qui disputait son premier match dans une nouvelle configuration avant de tranquillement doubler la mise plus tard dans la saison alors que la moitié de l’équipe texane n’avait pas fait le déplacement. Les Spurs ont eux remporté un premier match alors que le Thunder avait joué la veille puis un deuxième sans Durant et Westbrook. Vous l’aurez compris, impossible d’en tirer un quelconque avantage psychologique d’un côté ou d’un autre, et même difficile de réellement anticiper la nature des duels à venir. Cela rajoute sans doute un peu de piment supplémentaire à une affiche qui n’en manque déjà pas.

 

Le point santé

Contrairement au reste de la NBA, Spurs et Thunder sont actuellement sous l’œil protecteur des Dieux du basket et aucune blessure sérieuse n’est à déplorer dans les deux camps. Si cela pouvait être le cas durant l’intégralité de la série, on en serait ravi. Seule une petite alerte avec la cheville d’Enes Kanter pourrait changer la donne, mais le pivot turc devrait pouvoir être en mesure de tenir sa place.

 

Les clefs de la série

  • Contenir le duo Russell Westbrook-Kevin Durant : Cela semble une évidence, mais offre un challenge d’une envergure assez impressionnante. Fort heureusement, les Spurs disposent d’un des meilleurs combo défensifs de toute la ligue sur les postes extérieurs : Kawhi Leonard et Danny Green. Lequel des deux défendra sur Durant ? Lequel ira sur Westbrook ? Comptez sur Gregg Popovich pour varier les plaisirs. Si l’évidence semble promettre Durant à Leonard, Danny Green a offert à travers les années plusieurs séquences très intéressantes sur l’élégant scoreur du Thunder. Quant à Leonard, son physique lui permet de ralentir Westbrook comme peu de joueurs en sont capables actuellement. Comme toujours réduire au maximum l’influence de ce tandem sera l’objectif défensif numéro un des Spurs et ils compteront, en plus de leurs qualités individuelles, sur un effort collectif de qualité. Il ne fait guère de doutes que Tony Parker sera « caché » le plus souvent sur Andre Roberson, pour éviter d’avoir à l’opposer trop souvent au train de marchandises Westbrook.
  • Kawhi Leonard versus Kevin Durant : A une époque, on se demandait comment Leonard allait se débrouiller en défense face à Durant. Aujourd’hui, on se demande quel MVP va remporter ce duel de Titans. Kawhi a changé de dimension cette saison et a toujours livré de très grandes prestations contre le Thunder, remportant par deux fois son duel avec Kevin Durant sur le plan individuel. Mais le joueur du Thunder reste évidemment un seigneur de notre sport. On a déjà hâte de les voir l’un face à l’autre. Attention, déflagration en approche.
  • Le facteur Serge Ibaka : Lorsqu’on évoquera la carrière de Serge Ibaka dans 25 ans, deux matchs feront surface. Le Game 4 des Finales de conférence Ouest 2012 (26pts à 11/11 aux tirs, 5rbds et 3ctres) et le Game 3 des Finales de conférence Ouest 2014 (un retour en fanfare pour celui qui était annoncé out pour les playoffs, 15pts à 6/7, 7rbds et 4ctres). Un match qui a changé à la physionomie d’une série, un autre qui a failli accomplir le même genre de résultat. De manière générale, Ibaka a toujours été un tourmenteur des Spurs, de par ses qualités physiques hors du commun et notamment son timing au contre. Son rôle est d’autant plus important aujourd’hui que les Texans disposent d’une arme fatale sur son poste. Le Thunder n’a aucune chance de passer sans un bon Serge Ibaka. Un qui pèse offensivement pour soulager le duo de superstars (chut Mark) mais aussi un qui règne en défense face à la raquette quatre (voire cinq-six) étoiles de Gregg Popovich et qui peut maintenir LaMarcus Aldridge en-deçà de ses standards.
  • Old Man Riverwalk : Il faut se rendre à l’évidence, on a finalement trouvé ce qui peut rendre Tim Duncan vraiment obsolète. Le small-ball. On l’a vu en saison régulière face aux Warriors, on l’a vu par séquences face aux Grizzlies. Le Thunder fait partie des rares équipes face à qui le quarantenaire doit tenir un rôle fondamental. Car Billy Donovan évolue quasiment en permanence avec un pivot traditionnel sur le parquet (Adams ou Kanter), voire avec les deux en même temps. Ces deux joueurs sont vitaux pour le succès du Thunder et pour leur tenir tête, les Spurs auront besoin d’un Duncan au meilleur de sa forme. Celui qu’on n’a pas eu l’occasion de voir très souvent cette saison. Parce qu’il ne peut plus ou parce qu’il n’a jamais eu besoin de se montrer ? Là est toute la question. Gardons tout de même une chose à l’esprit. Depuis 18 ans, lorsque son équipe a eu besoin de lui, Tim Duncan n’a JAMAIS déçu. Dans n’importe quelles circonstances. Si tel devait être le cas un jour, la fin serait proche. Et puis Boban Marjanovic se tient prêt en cas de coup dur.

 

L’avis (objectif)

Pas de doute, on tient la première véritable affiche des ces playoffs 2016. Les deux anciens cadors de la conférence Ouest ont vécu toute la saison dans l’encombrante ombre des Golden State Warriors, mais n’en demeurent pas moins de vrais candidats au titre suprême. Pour croire encore à ce doux rêve, il faudra passer ce cap du second tour des playoffs et cela passe pour chacune des deux équipes par une série de très haut-niveau. Et oui, déjà. Chaque victoire à l’extérieur vaudra sans doute son pesant d’or et préfigurera probablement du futur qualifié (surtout dans le cas des Spurs). Plus encore, le début de la série sera probablement un très bon indicateur de la suite des événements après plusieurs jours de repos pour tout le monde.

 

Le pronostic

Spurs 4-2 Thunder. Les Spurs sont en mission et concentrés comme ils l’ont rarement été. Plus solides mentalement et mieux organisés que le Thunder, notamment en défense, ils devraient parvenir à se qualifier, en laissant toutefois quelques plumes au passage face à un adversaire particulièrement physique. La série (et la pression) pourrait toutefois être renversée si le Thunder parvient à surprendre les Spurs sur un des deux premiers matchs.

 

Le programme

Game 1 (à San Antonio) : samedi 30 avril à 2h30 (heure française)

Game 2 (à San Antonio) : lundi 2 mai à 3h30 (heure française)

Game 3 (à Oklahoma City) : vendredi 6 mai à 3h30 (heure française)

Game 4 (à Oklahoma City) : dimanche 8 mai à 2h00 (heure française)

Game 5 (si nécessaire, à San Antonio) : mardi 10 mai (horaire à déterminer)

Game 6 (si nécessaire, à Oklahoma City) : jeudi 12 mai (horaire à déterminer)

Game 7 (si nécessaire, à San Antonio) : dimanche 15 mai (horaire à déterminer)

 

Photo : AP Photo/Sue Ogrocki