Demi-finale de conférence, Game 6 (2-4) : En toute logique (99-113)

kawhi leonard thunder 6

La dynamique du Thunder et le comportement général des Spurs depuis la fin du Game 4 laissaient peu de place au doute. La saison 2015-2016 de nos Texans s’est bel et bien terminée en eau de boudin lors d’un Game 6 qu’ils avaient probablement perdu avant de le démarrer. Pour la seconde année de suite, la déception est grande et soulève de nombreuses questions quant au futur de l’équipe. Une situation quelque peu inattendue si tôt dans la saison, avant l’affrontement tant attendu face aux Warriors qui n’aura jamais lieu.

 

Le film du match

Les Spurs entrent parfaitement dans la rencontre grâce à LaMarcus Aldridge, bientôt rejoint par Kawhi Leonard. Mais Tim Duncan met surtout le nez à la fenêtre avec 6 points en trois shoots et quelques instants seulement. Cela permet à nos Texans de prendre les commandes de la rencontre, forçant Billy Donovan à demander un temps-mort. Mais cette belle entame aura duré 8 minutes de jeu, pas une de plus. Les premières rotations de Gregg Popovich entrent timidement dans le jeu et les Spurs prennent bientôt l’eau en défense, laissant Kevin Durant et Russell Westbrook se gaver sur jeu rapide. Le Thunder conclut la première période sur un 12-0 qui lui offre six longueurs d’avance sans avoir particulièrement bien joué (19-25).

Gregg Popovich tente finalement d’associer Tim Duncan et Boban Marjanovic face à Enes Kanter et Steven Adams et les Spurs parviennent enfin à tenir un minimum le rebond. Mais les extérieurs n’existent que très peu offensivement et le mouvement du ballon est bloqué. Même Andre Roberson trouve de l’adresse et l’écart augmente inexorablement en faveur des locaux, portés par l’ambiance électrique de la Chesapeake Arena. Une fois encore, le Thunder termine parfaitement la période avec un 17-2, sonnant quasiment le glas des espoirs des Spurs avant la mi-temps (31-55).

La première action de la deuxième mi-temps symbolise parfaitement ce match. Tony Parker est battu en un éclair sur un drive explosif de Russell Westbrook, et personne ne peut contenir Steven Adams qui attrape le rebond offensif pour se rendre sur la ligne des lancers-francs. Il faut que l’écart flirte avec la barre des 30 points pour que le duo Leonard-Aldridge ne sonne un tant soit peu la révolte. Insuffisant pour rendre le match intéressant, mais cela permet aux Spurs de conserver un peu de dignité. Ils ne parviennent toutefois toujours pas à prendre leurs rebonds défensifs avec régularité et le Thunder capitalise énormément sur ces secondes chances, portant l’écart à 26 longueurs avant le dernier acte (65-91).

Un dernier quart-temps anecdotique où le Thunder arrête peu à peu de jouer tandis que les Spurs jettent leurs dernières forces dans une bataille perdue d’avance. Tim Duncan ramène néanmoins les siens à seulement 13 points du Thunder, forçant Billy Donovan à conserver ses stars sur le parquet et surtout à prendre plusieurs temps-morts. Danny Green a même l’occasion de faire revenir son équipe à seulement 10 points mais manque un petit lancer-franc. Les Spurs auront ensuite deux possessions pour passer en-dessous de la barre des 10, ce qui aurait pu rendre la fin de match très intéressante. Mais Tim Duncan a vu son premier tir faire gamelle, avant que le deuxième ne soit stoppé par Serge Ibaka. Ce baroud d’honneur sera vain pour les Spurs, mais ceux-ci quittent la compétition avec la sensation d’avoir tout donné.

 

Les évaluations

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Kawhi Leonard (22pts à 9/23, 9rbds, 5pds et 3ints en 37min) : Un bon match globalement, même s’il n’a pu peser lorsque le Thunder creusait définitivement l’écart. Il n’a pas hésité à prendre ses responsabilités même si les Spurs auraient eu besoin de beaucoup plus pour avoir une chance de s’imposer.

LaMarcus Aldridge (18pts à 9/18 et 14rbds en 34min) : Dans la même veine que Leonard. Bon mais pas suffisamment.

Tim Duncan (19pts à 7/14 et 5/6 aux lfs, et 5rbds en 34min) : Si cela devait être son dernier match en carrière, alors il peut partir la tête bien haute. Une prestation de qualité, surtout compte tenu de son état physique et de ses dernières sorties. Comme un symbole, il a eu les ballons pour ramener son équipe en-dessous des 10pts dans le dernier quart-temps mais n’a pu les convertir. Il a tout simplement manqué de jus pour accomplir un nouvel exploit.

 

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Danny Green (9pts à 3/8, et 3ints en 31min) : Il n’a manifestement toujours pas compris qu’il était incapable de dribbler convenablement. Au-delà de ça, il fut plutôt bon en défense, mais inefficace en attaque, malgré quelques tirs à 3pts en fin de rencontre. Il fut loin d’être le plus mauvais cela dit.

Tony Parker (6pts à 3/6 et 3pds en 23min) : Un match relativement anonyme. En difficulté en défense, transparent en attaque.

Kyle Anderson (6pts à 2/4 en 15min) : Rien d’exceptionnel, mais on n’en attendait pas grand-chose. Il a tenté de faire son job de la meilleure façon possible.

Patty Mills (5pts à 2/2 et 3pds en 13min) : Pas mauvais, mais beaucoup trop neutre.

Andre Miller (2pts à 1/3, 3rbds et 4pds en 9min) : Plutôt bon, au point où on en vient à se demander s’il n’aurait pas pu apporter quelque chose un peu plus tôt.

Boban Marjanovic (2pts à 1/1 en 7min) : Il a eu le mérite d’apporter quelque chose de différent dans la raquette, même s’il n’a pas souvent été récompensé, notamment par l’arbitrage. le jeu physique n’était visiblement toléré que d’un seul côté.

 

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Manu Ginobili (5pts à 1/6 et 2pds en 23min) : A bout de souffle, il est le plus souvent apparu dépassé par l’intensité physique du match. Comme pour Timmy, le scénario le plus probable pour lui est d’avoir joué son dernier match ce jeudi soir. Un match qui ne restera pas dans les annales.

David West (5pts à 2/5 et 3rbds en 9min) : Ses deux paniers de fin de match n’effacent pas un premier passage calamiteux. Dominé physiquement, il n’a jamais pu trouver sa place dans cette série.

Kevin Martin (0pt à 0/3 et 2rbds en 6min) : Il fut le premier coup de poker tenté par Gregg Popovich. Un coup d’épée dans l’eau.

 

N’ont pas joué

Boris Diaw. Jonathon Simmons et Matt Bonner étaient inactifs.

 

En plus

Voilà, c’est fini. De façon abrupte, alors qu’on ne s’y attendait pas vraiment il y a encore deux semaines. Après un premier tour très (trop) facile face aux Grizzlies, on pensait les Spurs prêts pour leur premier gros test. Ils ne l’étaient pas et ne l’auraient probablement jamais été. Des failles parfois insoupçonnées sont apparues au grand jour et nous permettent de relativiser cette élimination prématurée. Jamais ces Spurs-là n’auraient tenu le choc plus de cinq matchs face à Golden State.

– Tout d’abord, ils sont vieux. On nous l’a assez répété. Les prestations de Tim Duncan, Manu Ginobili, Tony Parker, Boris Diaw et David West tout au long de cette série. On sera ravi de les avoir à nouveau avec nous l’an prochain. Mais dans un rôle plus limité qui leur sied mieux désormais et à un salaire moindre (pour Duncan et Ginobili). La NBA moderne impose un rythme trop difficile à tenir lorsque plusieurs de vos joueurs cadres ont bientôt 35 ans ou plus.

– La transition offensive n’a jamais été complète. Le beautiful game est mort à San Antonio. Qu’il en soit ainsi. 95% des équipes NBA qui ont remporté au moins un titre ne le pratiquaient pas. Mais dans ce cas, les stars pratiquant l’isolation doivent être irréprochables, et les joueurs de complément doivent l’être également lors des rares occasions qu’ils ont de marquer des points. S’il est difficile de charger Kawhi Leonard et LaMarcus Aldridge qui ont livré une série honorable (même s’ils auraient dû apporter plus pour que les Spurs aient une chance et qu’ils ont chacun livré une mauvaise prestation dans un match-clef, qui plus est à domicile) et qui sont toujours en apprentissage de leur rôle (Kawhi n’a que 24 ans, LaMarcus n’a qu’un an d’expérience dans le système Spurs), quasiment tous les autres joueurs (sauf Danny Green, paradoxalement, compte tenu de la saison régulière) ont déçu soit ponctuellement, soit sur la longueur de la série. On a peine à croire que la seule défense du Thunder, si bonne fut-elle, soit la seule responsable du fiasco offensif de nos Texans. Oublié le mouvement perpétuel, oubliée la rampe de lancement performante à l’arrière, oubliée la création de tirs ouverts pour tout le monde. Chacun a une part de responsabilité dans cet échec, Gregg Popovich et son staff compris.

– Pop, justement. Venons-en à Pop. On n’aime pas spécialement critiqué Gregg Popovich et ce, pour deux raisons. La première, c’est qu’il est le meilleur coach de la ligue. Il connait son affaire un peu plus que nous. La deuxième, c’est qu’un coach, si brillant soit-il, ne pourra jamais influencer une série si ses joueurs ne suivent pas. Et ce fut le cas des Spurs dans cette série. Mais tout de même. Cette persistance à maintenir Boris Diaw et David West face à Enes Kanter et Steven Adams dans la raquette a de quoi agacer, surtout lorsque Boban Marjanovic attend patiemment son tour. Ces longues minutes stériles sans Aldridge et Leonard sur le parquet furent également une souffrance. Jouer ses cartes défensives dès le premier match sans jamais en changer par la suite peut aussi étonner.  Comme toujours, Gregg Popovich est resté sur ses principes quitte à mourir avec ses idées. C’est ce qui est arrivé. Et même s’il ne l’avouera pas, ça doit déjà le torturer.

– La suite. Non, cet échec et la probable future retraite imminente de deux de nos légendes ne signifient pas la fin d’une ère. Les Spurs ont entamé leur mutation lors de la saison 2014-2015 et ont réellement débuté quelque chose cette saison avec l’incorporation de LaMarcus Aldridge et la prise de pouvoir définitive de Kawhi Leonard. Il convient maintenant de les entourer de façon appropriée pour demeurer une équipe à 50+ victoires en saison régulière et un candidat au titre en playoffs. On fait évidemment confiance au duo R.C. Buford/Gregg Popovich pour y parvenir.

Pour finir, je souhaiterais vous remercier une fois de plus, vous fidèles followers du compte Twitter qui est chaque jour un peu plus suivi, et vous lecteurs du blog que je n’ai malheureusement pas pu tenir avec autant de régularité cette saison. Il y aura d’ailleurs un peu de changement à ce sujet la saison prochaine du fait de ma situation personnelle (et oui, on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie), mais vous en serez rapidement informés. Je remercie également Antoine qui m’a remplacé avec talent lors de plusieurs live-tweets de match cette saison.

En tout cas, soyez certains que contrairement à plusieurs de mes collègues qui ont dû stopper leur activité pour diverses raisons, SpursFr a encore de beaux jours devant lui. Tout du moins je l’espère. A très vite.

 

Photo : Getty Images

  • Clément Jospin

    Pour la troisième année de suite, j’ai eu plaisir à lire à chaque match tes (vos) résumés. En espérant que la frustration n’affectera pas trop la passion, je suivrai ce blog encore à partir d’octobre prochain. Merci pour l’énorme boulot que cela doit représenter, pour les nuits blanches et les articles écrits dans un emploi du temps qui ne doit pas être consacré qu’à ça. J’en reste admiratif ! Merci encore et à l’année prochaine.

    • Vincent Thiollière

      Merci beaucoup à toi 🙂