La saison des Spurs décryptée par des spécialistes

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Vous pensez peut-être que nous ne sommes pas assez objectifs sur Spurs France. Alors pour être certain d’obtenir un décryptage plus intéressant de la saison à venir, on a sollicité l’avis de quelques spécialistes de la NBA en France, qui ont gentiment accepté de répondre à nos questions. On a nommé Fabrice Auclert (Basket USA), Jacques Monclar (BeIN Sport et RMC), François Giuseppi (RMC), Rémi Reverchon (BeIN Sport) et George Eddy (Groupe Canal+). Si vous n’avez pas plus confiance en leur jugement, on ne peut plus rien pour vous…

– Si on vous avait dit avant la saison 2012-2013 que les Spurs passeraient à une vingtaine de secondes du titre, est-ce que vous nous auriez cru ?

Fabrice Auclert : « Je n’y aurais jamais cru. Mais ça fait 4-5 ans que je ne crois pas aux Spurs et ils me font mentir. L’an passé, je les voyais en finale, mais pas aussi proche du titre. »

Jacques Monclar : « Ils n’étaient pas dans les favoris. Je voyais le Heat moins fort, je ne les pensais pas capables d’être à ce niveau-là, mais je pensais sincèrement qu’OKC irait au bout. (On lui demande si la blessure de Westbrook a changé la donne – NDLR) On ne le saura jamais. Mais sans James Harden ils étaient moins forts, on a tous assez mal évalué l’impact qu’il avait. La greffe Kevin Martin n’a pas pris, finalement, je pense que les Spurs auraient été là quand même. L’académie de jeu, Tony, le fait que Duncan ait perdu 15 pounds pour soulager ses genoux, l’émergence de Kawhi, la très bonne saison régulière de Tiago… Et puis tout le monde fixe sur le match 6, mais dans le match 7, avec un Tony épuisé, le grand Tim a une entrée au panier comme il en a mis des milliers et ça va fond de cercle. A 38 secondes de la fin, il y aurait eu égalité. Je pense sincèrement que les Spurs étaient plus forts, mais que l’adrénaline, l’énergie de 2/3 mecs a fait la différence et qu’au moment où Danny Green est tombé, Shane Battier est apparu.

Mais la vraie question, c’est est-ce qu’on aurait pu imaginer que les Spurs ayant le titre dans la main, le perdrait en partie par leur coach ? C’est encore plus improbable que d’imaginer les Spurs en finale. Je n’ai pas aimé cette histoire. Je n’ai pas aimé la décision (ne pas faire faute pour éviter le tir à 3pts de Ray Allen dans le Game 6 – NDLR), mais à la limite, ce n’est pas le problème, c’est un métier de décision. Ce que je n’ai pas aimé c’est quand il nous a fait la morale en conférence de presse où il a planté un journaliste italien : ‘Vous n’êtes pas américain ? Nous, on ne fait pas ça !’. Peut-être que vous ne faites pas ça, alors pourquoi tu fais du hack-a-shaq, du hack-a-bogut, du hack-a-Dwight, du hack-a-j’sais pas qui… Non, on ne peut pas faire ça et ne pas faire faute pour gagner un titre, il faut arrêter les conneries. 2, ça fait moins que 3, ce n’est pas bien compliqué. »

François Giuseppi : « (Il réfléchit) Non. Non, d’autant plus sur le cheminement pour arriver jusqu’en finale parce que quand tu fais des sweeps pour arriver en Finale NBA, c’est que tu es clairement au-dessus. Donc non. Sur tout ce qui s’est passé en playoffs l’année dernière, non. C’est sur que voir les Spurs aller très loin, c’est toujours ce qu’on souhaite, mais non. J’ai revu récemment la fin du match 6 et même quelques secondes avant le shoot de Ray Allen qui arrache la prolongation, tu ne percutes même pas qu’ils sont proches du titre. Dans la dernière minute, je suis à Miami et je commente, je ne percute même pas qu’ils vont être champions dans la logique des choses. Donc non, c’était une vraie surprise. »

Rémi Reverchon : « Honnêtement, non. Mais pas à cause de leur équipe soi-disant vieillissante. Je les ai suffisamment côtoyés et couverts quand je vivais aux USA pour savoir que tant que Manu Ginobili, Tim Duncan et Tony Parker seront là, c’est qu’ils seront compétitifs. Non, c’est plus la concurrence à l’Ouest qui me semblait trop forte avec Oklahoma City, avant la blessure de Russell Westbrook. Et si on revient à l’été dernier, je croyais même fort en la maison Lakers… »

George Eddy : « Non, non, parce que je faisais plutôt partie de ceux qui, depuis trois ans, craignaient un vieillissement des Spurs, notamment Manu Ginobili et Tim Duncan. Et en fin de compte, ils ont été plus forts que nous, parce qu’ils ont trouvé des jeunes pour renouveler l’effectif, Kawhi Leonard notamment. Duncan semble éternel car il a fait une très grosse saison à 37 ans. Ce qu’ils ont fait l’année dernière, c’était un exploit formidable. Et puis Tony Parker, égal à lui-même, au sommet de son art, le vrai leader de l’équipe maintenant, un vrai winner dans son esprit, tout à fait dans la lignée de Popovich et Duncan. Cette année, j’ai changé de cap, donc je vais dire que les Spurs vont aller loin et arrêter de dire qu’ils sont vieillissants. Tu le dis bien ça, hein ? (rires) »

 

– Peuvent-ils faire encore mieux cette saison et aller chercher ce titre ?

Fabrice Auclert : « Malheureusement, et malgré le plus beau collectif de l’année, je ne les vois pas aller au bout. Tout simplement parce qu’ils ne se sont pas renforcés alors que tout le monde autour l’a fait. Je trouve que Marco Belinelli et Manu Ginobili vont se marcher dessus, et il manque un bon 4/5 derrière Tim Duncan et Tiago Splitter. Toutefois, il n’y a aucun épouvantail à l’Ouest, et leur expérience (s’ils arrivent reposés en playoffs) peut leur permettre de dominer encore les Clippers, les Rockets, le Thunder ou les Warriors. »

Jacques Monclar : « La fenêtre est toujours ouverte. Maintenant, l’Ouest va être compliquée, même si à mon sens, c’est moins fort qu’à l’Est et tu sais que ça me fait plaisir (rires). Mais la fenêtre est ouverte, pas seulement entrebâillée. Et comme le dit Tony, il faut juste rester en bonne santé et après… »

François Giuseppi : « Oui, ils peuvent faire mieux, c’est sur. Tony dit toujours : ‘si on est en bonne santé, on peut faire des choses en playoffs et gagner le titre’. Moi, j’y crois pour une raison finalement, c’est qu’à chaque fois que Tony affiche des ambitions, il y arrive. Pour l’équipe de France, il a mis 10 ans. Sa phrase, depuis son retour à San Antonio début octobre, c’est : ‘Je veux encore gagner au moins un titre avec les Spurs’. Pourquoi il n’y arriverait pas ? L’année dernière, ils ont profité pour moi d’un concours de circonstances, c’est le fait qu’Oklahoma City était affaibli avec l’absence de Westbrook. Maintenant, je sais que les Spurs se méfient aussi beaucoup de Golden State qui finalement n’est pas passé si loin de faire l’exploit de les sortir l’an dernier. Si Gregg Popovich arrive encore une fois à maitriser les minutes des trois trentenaires et faire en sorte que les mecs du banc sortent leur épingle du jeu pour permettre à San Antonio de rester dans le Top 2/Top 3 de l’Ouest, que les trois arrivent frais pour les playoffs, ils seront aussi compétitifs qu’Oklahoma City, Golden State ou les Clippers. »

Rémi Reverchon : « Oui, ils le peuvent. Même réponse qu’avant : Manu Ginobili plus Tim Duncan, plus Tony Parker, égale équipe compétitive. Le jour où les deux premiers (Tony est plus jeune) ne seront plus au niveau, ils arrêteront. Et puis à côté il y a l’éclosion des jeunes : Kawhi Leonard en tête, mais Danny Green aussi. Voire Tiago Splitter, même si ce n’est plus vraiment un jeune ! Après, plus encore que les joueurs, je pense que Gregg Popovich risque d’être marqué par les dernières Finals. Il a eu des choix contestables… Reste à voir si cette fois il trouve les bonnes solutions. »

George Eddy : « Oui. Si tu peux passer à 20 secondes et une ou deux mauvaises décisions de Gregg Popovich au match 6, de gagner le titre, forcément, tu es un bon candidat pour gagner le titre l’année suivante. Parce que généralement, une équipe qui perd une finale est bien placée pour gagner l’année suivante, c’est arrivé plein de fois. Bon, ça ne va pas être facile, les Clippers se sont renforcés, Miami est toujours aussi fort, Brooklyn, Indiana et Chicago semblent plus forts que la saison dernière. Il y a une dizaine d’équipes à l’Ouest qui peuvent avoir des ambitions et créer des surprises. Donc les Spurs sont parmi les favoris à l’Ouest et peut-être même numéros 1. D’autant plus qu’Oklahoma City est un peu en retrait avec Westbrook qui ne reviendra qu’en décembre et Kevin Martin est parti, les Clippers dépendent de ce que Doc Rivers arrive à tirer du groupe. Il y a beaucoup de points d’interrogations dans ce début de saison à l’Ouest. Mais les Spurs n’ont pas une marge très importante sur les autres.« 

 

– Quel est le joueur qui peut faire la différence, être le facteur X qui a manqué l’an dernier ?

Fabrice Auclert : « Marco Belinelli peut être un bon joker, mais je crois que le vrai plus viendra d’un Kawhi Leonard responsabilisé. Il se doit de tourner à 17 points et 8 rebonds par match, et de devenir une vraie menace. Il permettra de soulager Tony Parker et Tim Duncan. Donc, je mise davantage sur la confirmation d’un Leonard que l’éclosion d’un autre joueur. »

Jacques Monclar : « En faisant confiance à Kawhi, au Big Three et à l’académie de jeu, je pense que sur la saison régulière et le début des playoffs, Tiago Splitter a été très bon. Mais pour passer l’étape supérieure, il faudra que Splitter voire Aron Baynes remplisse un rôle supérieur. »

François Giuseppi : « Tiago Splitter. S’ils ne sont pas champions, c’est parce qu’il manque un joueur sur le terrain. Alors, il y a Ginobili qui joue à l’envers, qui n’est pas à son niveau mais on sait que Ginobili, c’est le facteur X depuis 10 ans quelque part. Il a déçu cette année, mais c’est lui qui leur fait gagner le match 5 en lui donnant tous les ballons d’entrée, en le remettant en confiance. C’est Splitter, le vrai facteur X. C’est toujours la même problématique avec San Antonio, trouver un pivot capable d’accompagner et de soulager Tim Duncan dans les moments difficiles. Splitter passe complètement à côté de la finale NBA, il est à côté de la plaque total. Quand tu joues à 4 en attaque et que tu prends des vents en défense, ça devient compliqué. Aller au match 7 dans cette configuration-là avec ton pivot titulaire qui n’est pas là et une de tes trois stars qui fait un match sur cinq, et passer à 5sec du titre… Si tous ces facteurs-là sont réunis, pourquoi pas. »

Rémi Reverchon : « J’imagine que la réponse consensuelle est Kawhi Leonard, en progression constante. Mais je ne crois pas que les Spurs soient une équipe qui ait besoin d’un « petit plus » de la part d’un joueur. C’est trop fondé sur le collectif, sur le mouvement du ballon cette équipe. C’est ça, plus le maintien en bonne santé qui déterminera tout. »

George Eddy : « Je pense que chacun est déjà bien dans le rôle préconisé par le patron Popovich. Est-ce que Duncan va pouvoir encore faire une saison aussi pleine avec la bonne gestion de son temps de jeu par Popovich, peut-être ? Ginobili, c’est pareil. Parker, il est plus jeune, mais le problème, c’est qu’il va peut-être rencontrer le mur au milieu parce qu’il a enchainé avec l’équipe de France, il n’a pas eu beaucoup de repos. Popovich va peut-être aussi le faire moins jouer pendant la première moitié de saison, le gérer un peu comme Ginobili et Duncan si possible. C’est lui le meilleur coach pour faire ça, il le fait depuis des années. Et c’est là aussi, avec le rajeunissement et l’arrivée de Leonard, Danny Green et compagnie que les Spurs ont pu tirer dans la durée sur le même groupe. Parce que c’est le coach qui gère le mieux le temps de jeu, la fatigue de ses joueurs majeurs.

De toute manière, on sait que Leonard est un super joueur en devenir, Green c’est un shooteur quand il reçoit de bons ballons du collectif. Donc là, je ne vois pas d’énormes différences par rapport à ce qu’ils ont déjà apporté la saison dernière. Splitter a fait une très bonne saison, il jouait de plus en plus, il va continuer dans ce sens-là. Tout ça est plutôt figé. la question, c’est-ce que Ginobili et Duncan vont pouvoir encore faire une bonne saison ou est-ce qu’ils vont avoir un moment où ils seront vraiment carbos et un peu à la rue. Peut-être c’est Boris qui sera le joueur qui va évoluer le plus par rapport aux autres. Et je n’ai pas parlé de Belinelli aussi. C’est un shooteur qui va soulager Green quand il n’est pas dans un bon jour au niveau de l’adresse quoi. Et il fait plus de choses que Green. Oui, oui, franchement, ils m’ont l’air bien armés. »

 

– Tony Parker peut-il rééditer ses performances, aller chercher une place dans la All-NBA 1st Team, voire le trophée de MVP ?

Fabrice Auclert : « Je pense que Tony Parker jouera moins que l’an passé, afin d’être économisé en vue des playoffs. Donc, statistiquement, je ne le vois pas réussir sa meilleure saison. La concurrence est rude au poste de meneur, et ce sera difficile de rester dans les All-NBA Teams. Si les Spurs finissent 1ers à l’Ouest, il sera cité. Sinon, non. »

Jacques Monclar : « Tony en un an, c’est 113 matchs. On peut se faire « du souci » pour ses performances individuelles, parce qu’il risque d’être un peu ménagé par Gregg Popovich pour l’emmener au bout. Ça risque de le frustrer parce que lui, il veut jouer (rires). Mais c’est un débat entre eux qui existe depuis longtemps. Il ne faut surtout pas qu’il se blesse. Popovich va certainement lui enlever des minutes qui vont limiter ses stats. Est-ce que ça sera pénalisant pour le All-Star ou les All-NBA Teams ? Je ne sais pas, j’espère que non, mais j’ai le doute. »

François Giuseppi : « Je l’espère de tout cœur, mais je pense qu’individuellement cette année, Tony aura du mal à briller. Parce qu’il a fait 113 matchs en 11 mois en comptant la campagne européenne avec l’équipe de France. Si les Spurs vont bien très rapidement, je pense que Pop va le ménager, le préserver. Ils ont un tel jeu collectif de toutes façons, que pour faire des chiffres, il faut quand même être présent très longtemps sur le terrain et je pense que dans la configuration actuelle de la conférence Ouest et de son équipe, Popovich va être obligé de jouer encore plus que d’habitude avec les minutes de ses trois stars, dont Tony par rapport à l’éprouvante saison qu’il vient de terminer. Il n’est pas prévu que Pop le fasse jouer 40min par match pour qu’il évolue à son meilleur niveau. Et pour la NBA 1st Team, il y a quand même deux avions de chasse à ses côtés au même poste. Si les Clippers arrivent à passer ce cap et être en haut de la conférence Ouest, je pense que Chris Paul peut être un vrai candidat au titre de MVP et donc à la All-NBA 1st Team. Et puis il y a le retour de Derrick Rose avec un appui américain qui est quand même très fort. Les yeux sont rivés sur les Bulls, c’est un gros marché, il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé hier (entretien réalisé mercredi – NDLR) pour comprendre que tout le monde attend son retour et qu’il y a une vraie bataille à l’Est entre les Bulls et Miami. Puis Tony joue à San Antonio, il est Français, il part avec des handicaps. Même s’il le mériterait parce que l’an dernier, pour reprendre une de ses expressions, ‘il s’est fait un peu carotter’ (rires). »

Rémi Reverchon : « Tony Parker MVP, ça aurait de la gueule, hein ? Moi j’aimerais y croire, mais malheureusement ça me semble plus que compliqué. Il sort d’une saison monstrueuse, et il finit quand même à des années-lumières de LeBron James dans le vote… Par contre la All-N BA 1st Team, ça j’y crois. Même si la concurrence au poste de meneur sera forte cette saison, avec notamment le retour de Derrick Rose. »

George Eddy : « Tony a été tellement éblouissant à l’Eurobasket sur tous les plans, leadership, homme décisif dans les matchs importants qu’il ne faut jamais sous-estimer son potentiel pour faire une grande saison. Mais par rapport à ce que je disais tout à l’heure, le fait qu’il n’ait pas eu de vacances, qu’il ait tout enchainé, je pense qu’il va y avoir deux choses : un coup de fatigue qui risque de faire un trou dans la saison où il est moins bien, et aussi très probablement, Popovich va le gérer davantage il va amoindrir son temps de jeu dès que possible, dès que le match sera en poche, ou sur les back-to-backs, les 4èmes matchs en cinq jours… Il va peut-être le mettre au repos, comme il faisait avec Duncan et Ginobili. Pour moi, ce serait la bonne politique, parce que les stats individuelles de Tony et même les victoires en saison régulière, ce n’est pas le plus important. Être dans le Top 5 All-NBA, être All-Star, ce n’est pas le plus important. Arriver en forme pour les playoffs avec tout le monde en bonne santé et tous les joueurs majeurs prêts à casser la baraque, c’est important. C’est ce que Popovich dit depuis toujours, et Tony sait tout ça. S’il ne tourne qu’à 16 points par match et que l’équipe arrive pour les playoffs en pétant le feu, c’est peut-être le meilleur scénario. Je ne pense pas que Tony forcera sur la mécanique pour aller faire aussi bien ou mieux que ses stats de l’année dernière. Il fera jouer les autres, il jouera un peu moins et ce serait probablement la meilleure solution. »

 

– A quelle saison peut-on s’attendre pour Boris Diaw et Nando De Colo ?

Fabrice Auclert : « Je suis davantage confiant dans la saison de Boris Diaw qui, comme son vin, va se bonifier en vieillissant. Je pense que l’Euro a été un déclic pour lui et qu’il va se lâcher davantage. Pour Nando De Colo, je trouve qu’il est dans une situation inconfortable : Patty Mills et Cory Joseph sont davantage meneurs que lui, derrière TP et ils lui ont collé Belinelli dans les pattes au poste 2. Dommage car c’est un joueur fait pour les Spurs : intelligent, polyvalent et adroit. Si physiquement, et notamment en défense, il tient le choc, il peut passer devant Joseph et Mills. »

Jacques Monclar : « Boris doit continuer à apporter son physique, sa science du jeu, être le facilitateur de jeu qu’il est. Il a fait un championnat d’Europe très consistant en montrant plein de bonnes choses. Il a peut-être été le plus régulier de tous les joueurs de l’équipe de France avec une finale en forme de bijou. J’ai été frustré de son utilisation l’an dernier et je sais que c’est à la demande des assistants (Mike Budenholzer, Brett Brown et Ime Udoka) qu’il est lancé sur LeBron James en finale. Je ne connais pas le rapport entre Gregg Popovich et Boris, mais Boris a plein de choses en lui.

Et à un degré différent, c’est un peu pareil pour Nando. En NBA souvent, il vaut mieux savoir faire une chose très bien que beaucoup de choses bien. Nando est dans ce registre alors que Patty Mills fait des coups, il est dans le registre ‘j’ai un bras extraordinaire’. Puis il y a l’autre petit, Cory Joseph, à qui Gregg Popovich a donné beaucoup de confiance dans le mois du garbage time avant les playoffs. Il ne faut pas oublier que si Patty Mills ne se blesse pas, il n’est pas en tenue pour la finale. Il faut voir, mais ce n’est pas évident pour Nando, ce que je regrette car je trouve qu’il a fait d’énormes progrès et que je l’apprécie énormément personnellement. Parce que ce garçon est mature, il a pris de la distance, il a évolué physiquement positivement. »

François Giuseppi : « Boris, il faudra qu’il fasse un copier/coller de la finale de l’Euro et qu’à chaque fois qu’il rentre sur le terrain, il se rappelle de ce qu’il a fait. Parce que même Tony a été « surpris » de ce qu’a produit Boris pendant la Finale. Ça faisait combien de temps qu’on n’avait pas vu Boris ne pas refuser des shoots en match, ne pas faire la passe de trop. Sur cette finale, c’est le facteur X, le capitaine qui sort de sa boîte. Il se met à faire des actions spectaculaires, marquer des points et avoir un vrai impact sur le jeu. S’il reproduit ça, dans la rotation, il a un vrai coup à jouer. Après c’est très compliqué de prévoir la saison de Boris parce que l’historique fait qu’on ne sait pas de quoi il est capable.Mais il a un rôle à jouer sur les rotations si Pop, encore une fois fait preuve de beaucoup d’habileté dans la gestion des Duncan, Tony et Ginobili.

Après Nando, j’ai peur qu’il soit au bout du banc. Il ne fait pas de vagues, il apprend beaucoup, il est très à l’écoute, mais à San Antonio comme ailleurs, si tu te manques une fois, tu ne vas pas avoir beaucoup d’opportunités. S’il ne la prend pas tout de suite, ça sera quand même difficile. »

Rémi Reverchon : « Boris et Nando, ce sont deux cas bien différents. Je parlais de Boris avec Alexis Ajinca ce matin (jeudi – NDLR), à l’hôtel à Kaunas. Lui est super confiant pour Boris, il est persuadé que son Euro, le titre, la confiance qu’il dégage en attaque vont se ressentir sur sa saison. Puis il ne faut pas oublier qu’il est en fin de contrat… Pour Nando en revanche, c’est quand même vachement bouché devant lui. Patty Mills, que j’adore, a fait une super présaison. Et il y a aussi Cory Joseph en lutte. Pas simple tout ça… Même si on sait que Gregg Popovich voit bien plus loin que les stats pures, ça serait pas mal que Nando fasse rapidement un ou deux gros matches, pour s’affirmer. On verra ! »

George Eddy : « Je vois que De Colo n’est même pas dans l’effectif de match (entretien réalisé jeudi – NDLR) pour le début de saison, donc peut-être que Popovich n’a pas encore confiance en lui. Il a pas mal de joueurs aussi qui ont déjà fait leurs preuves à faire jouer, donc Nando, je crois qu’il va avoir une 2ème année d’apprentissage. Allez savoir, peut-être les matchs où Parker va être au repos, il aura sa place sur le banc. Il y a beaucoup de matchs et beaucoup de scénarios peuvent s’écrire autour de Nando, mais je ne pense pas qu’il va devenir rapidement un joueur majeur non plus.

Boris, c’est complètement différent. Il a montré qu’il pouvait être un vrai scoreur, un attaquant agressif et plutôt régulier à l’Eurobasket. Maintenant, Popovich lui demande de faire pareil avec les Spurs. Et il commence la saison en marquant des points. Il a mis longtemps à comprendre que refuser des tirs et marquer peu n’était pas suffisant pour avoir un gros temps de jeu et séduire Popovich. Donc j’espère qu’il a passé un cap définitivement et qu’il va tourner à 10/12 points par match, qu’il va chercher à marquer dans chaque match et pas refaire son coup où il met 16 points aujourd’hui et 0 point demain. Ça a toujours été le bémol avec Boris. Il n’était pas assez exigeant avec lui-même en fait. Et s’il arrive à devenir plus exigeant avec lui-même et être plus présent en attaque avec régularité, c’est peut-être lui qui sera un facteur X, un peu comme il a été en défense sur LeBron James en finale sur certains matchs. Là, ça peut être en attaque, il va peut-être compenser pour un Duncan qui mettra peut-être quelques points de moins et lui il arrivera sur le terrain, il sera tout de suite chaud pour marquer plutôt que d’attendre 20 minutes avant de chercher à tirer. Il peut encore évoluer d’une manière assez importante, je pense. »

 

On remercie encore chaleureusement Fabrice, Jacques, François, Rémi et George pour nous avoir accordé un peu de leur temps et rendez-vous dans quelques mois pour fêter avec nous le titre NBA. Enfin, on l’espère de tout cœur.